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 À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)

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PRÉNOM : KEKE
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DEPUIS QUAND : 08/04/2016

MessageSujet: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Dim 24 Avr - 18:04

La journée, l’immeuble c’est autre chose.
Il n’y a presque personne, on retrouve toujours les mêmes visages de ceux qui n’ont rien d’autre à faire que de rester là à s’avachir sur les canapés. Les autres travaillent, font leur besogne, certains étudient même.
Je monte pas à pas les escaliers branlants et pas fiables du tout jusqu’à porter la porte de la scène. C’est comme un théâtre très modeste. On n’a même pas de fauteuils rouges comme au cinéma mais juste des vieux bancs qui ressemblent à ceux des églises.
Je retire mon manteau et le pose sur un banc.
Je m’élance sur la scène dont le bois craque sous le cuir de mes chaussures.
Je ferme les rideaux et manipule les lumières de sorte à ce que les bancs soient plongés dans le noir et la scène illuminée. Je me demande alors quelle entrée je vais faire, une entrée phénoménale, pour que mon public m’applaudisse jusqu’à éprouver de la douleur dans les mains, la brûlure d’avoir bien trop frappé ses paumes, l’une contre l’autre.
Je pense alors à Don Juan.
Je fais un pas vers le rideau, donne un grand coup dedans. Il s’ouvre sur mon corps qui s’avance dans la lumière.
J’entame alors la tirade de Don Giovanni, les yeux ouverts dans le vide, les bras ouverts en forme de croix.
- Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! N-
Je baisse les yeux sur les bancs, j’y vois une silhouette et je crois reconnaître ce visage.
- Oh, ciao Giosuè.
Je laisse retomber mes bras le long de mon corps et je souris.
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Dim 24 Avr - 19:29

Parfois, Giosuè se rend à l'immeuble, les idées floues et les envies brouillées.
Il y a de ces après-midi où le calme s'impose. Il en devient presque oppressant. Mais ces après-midi là, Giosuè en profite. Il n'y a personne ici, seules quelques âmes perdues, qui errent et qui laissent le temps défiler, sans jamais vouloir agir sur celui-ci.
Giosuè est venu aujourd'hui car il n'avait rien à faire. En réalité, il n'a jamais vraiment rien à faire. Il s'est détaché de ses études et d'un quelconque travail qui pourrait lui rapporter quelques pièces. De toute façon, malgré tout, il y aura toujours papa. D'ailleurs, il s'est toujours demandé pourquoi son père continuait à l'entretenir. Il s'agit là d'une énigme sur son paternel qui vient s'ajouter à une liste déjà longue.
Souvent, Giosuè se rend devant la scène de l'immeuble. Un lieu qui tantôt impose un silence d'église, presque solennel et tantôt, un lieu où les esprits s'échauffent, où les voix portent et les mains claquent. Il s'assoit souvent sur un des bancs en bois, qui ne manquent de s'effondrer du fait de leur structure précaire. quand il s'y assoit, il s'amuse souvent à les faire grincer, à se balancer d'avant en arrière. Quand les pieds frappent le sol, le bruit vient rompre le silence pesant de la pièce. Les échos remplissent l'endroit et Giosuè se sent quelque peu entouré.
Mais aujourd'hui, il s'est rendu ici car une voix, familière, l'a guidé. D'habitude peu curieux, Giosuè a eu envie de voir ce qu'il s'y passait. Les enfants ici se font tellement rares l'après-midi, qu'une quelconque compagnie lui serait appréciable. La voix masculine était de plus en plus reconnaissable à mesure qu'il s'avançait.
Quand il est arrivé, Giosuè s'est étonné de voir une salle sombre et vide, contrastant avec la lumière éblouissante de la scène, sur laquelle Gino se tenait. Il l'a reconnu au premier coup d'oeil. Giosuè pourrait le reconnaître parmi des dizaines d'ombres et de formes.
Sa voix résonne, ses bras tendus de chaque côté et la lumière sur lui le rendent presque mystique. On dirait un demi-dieu, sorti tout droit d'un des mythes qu'on raconte aux enfants avides de rêves et d'espoir. Alors Giosuè, tentant de ne pas gâcher la scène qui se passe devant ses yeux -on aurait vraiment dit une pièce de théâtre- s'assoit au troisième rang, prenant le soin de ne pas faire grincer le banc.
Sans avoir le temps de profiter un peu plus du spectacle, Gino l'avait déjà reconnu, lui adressant un simple bonjour.
Excuse moi Gino, j'voulais pas te déranger. il est vrai, Gio s'est toujours défendu de l'offenser. Allez savoir pourquoi. T'avais l'air si possédé et si bien que j'voulais te laisser dans ton délire, et apprécier le spectacle. Giosuè esquisse difficilement un sourire, d'ailleurs, il fait si sombre qu'il ne le verra sûrement pas.
   
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PRÉNOM : KEKE
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Dim 24 Avr - 20:42

Je regarde Giosuè et c’est comme une grande chaleur qui m’envahit. Cette sensation de rentrer à la maison après un grand voyage. C’est un peu quelque chose comme ça, je crois. Ça doit être la magie de ce garçon étrange. Je l’ai beaucoup observé avant d’aller vers lui et c’est un être qui me ressemble un peu. Je l’ai vu à ses mains qui tremblaient, qui bouillonnaient de rage et qui avaient besoin de déverser leur colère parce qu’elles ne savaient pas faire autrement. Je l’ai vu à ses mâchoires serrées parce qu’il faut encaisser ce qui ne nous plaît pas et bien se comporter en société.
- Excuse moi Gino, j’voulais pas te déranger.
Ma main effectue un geste vague dans les airs, l’air de dire, mais c’est pas grave, voyons.
- Ça va, tu ne m’as pas interrompu dans ma tirade. Sinon je t’aurai peut-être étranglé.
Je ris mais je serai vraiment capable de le faire. Il aurait suffit qu’un petit merdeux un peu éméché vienne se moquer de ma prestation et je me serai jeté sur lui pour le déchiqueté. Il n’en aurait resté que des miettes et des lambeaux. On ne provoque pas Giorgio Salvatici.
- T’avais l’air si possédé et si bien que j’voulais te laisser dans ton délire, et apprécier le spectacle.
Je m’avance et je vais m’asseoir sur le bord de la scène, les jambes dans le vide.
- J’aime beaucoup ce personnage. Tu n’as jamais lu cette pièce de théâtre ?
Je demande alors.
Je crois que Don Juan et moi avons quelques points communs et j’aime sa tirade sur l’inconstance. Les lectures de ma mère quand j’étais enfant n’auront pas été vaines, loin de là.
À cette hauteur, la lumière n’est plus aussi éblouissante et je peux enfin voir le visage de Giosuè. J’aime bien cette sensation de pouvoir être moi. Il ne me donne pas la sensation d’avoir à jouer un rôle, il ne me donne pas non plus l’envie de me prouver aux autres et surtout à moi-même qui je suis, qui je dois être. Avec Giosuè, je me contente seulement d’exister, de respirer, de parler sans réfléchir. C’est comme une parenthèse, sortir la tête de l’eau pour reprendre un peu d’air avant de replonger. Je traverse la salle et je vais m’asseoir à côté de lui.
- Va sur la scène. Quand tu seras là-haut, je te jure que tu me verras même pas. Je veux juste que … tu me montres quelque chose.
Que tu laisses exploser ce qui sommeille en toi, la bête qui dort à poings fermés en attendant de se réveiller. Il peut faire qu’il veut, Giosuè, il peut danser dans le silence, chanter, me raconter une histoire. Il peut venir me chercher pour que je devienne l’un de ses figurants.
Peu m’importe.
Je veux régaler mes yeux et mes oreilles.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Dim 24 Avr - 22:24

Avec sa main, gino fait un signe, comme pour signifier que tout va bien. Giosuè regarde souvent gino avec ses grands yeux, comme s'il admirait un joli paysage, un soir d'été, quand le soleil se couche sur l'horizon. Quand les rayons deviennent pourpres et quand la chaleur de la journée tombe, laissant la brise lui caresser l'épiderme. Il y a chez gino quelque chose de poétique qu'il est difficile de décrire pour giosuè. C'est peut-être parce qu'il se sent bien, avec lui. Comme le frère qu'il n'a jamais eu, ou bien même tout simplement l'ami qui lui manquait. Il se souvient souvent du premier jour où ils se sont rencontrés. Giosuè avait déjà entendu son patronyme circuler dans les bouches des enfants, mais surtout des parents. Il a toujours su qui Gino était et l'a toujours appréhendé. Par sa prestance, ou par sa position dans la ville, peut-être. Mais ce jour où Gino est venu vers lui, se sont envolés dans le même temps ses aprioris. Il lui a tendu cette main, abîmée et rougie pour s'évader. Ce jour-là, quand Giosuè est rentré chez lui, il s'est regardé dans le miroir. Il a vu son visage dans un des nombreux miroirs et a découvert quelque chose de nouveau. Il a vu dans ses yeux, une drôle de lumière, assez jolie, qui brillait. Il a aussi vu, quelque chose se dessiner sur le bout de ses lèvres.
- Ça va, tu ne m’as pas interrompu dans ma tirade. Sinon je t’aurai peut-être étranglé.
Leur deux rires se mélangent dans le silence de la pièce. Giosuè rigole, mais il a entendu beaucoup de choses sur lui, sur ce qu'il a pu faire. Par chance, il ne l'a jamais vu faire. De toute façon, Giosuè se suffit à lui même dans ce domaine là. Gino s'assied alors sur le rebord de la scène en bois. Giosuè tousse, puis pose ses deux mains sur le banc, tendant les bras. Il s'avance un peu, pour apercevoir un peu plus de détails sur le visage de Gino.  
- J’aime beaucoup ce personnage. Tu n’as jamais lu cette pièce de théâtre ?
Il déglutit.  Il est vrai que Giosuè n'a que très peu été éduqué avec la littérature. Que ce soit le théâtre, la poésie, les romans, les livres ont rarement occupé son temps. Seule la musique de papa remplissait son capital culturel. Quelques grandes pièces classiques, des sonates et des symphonies. Mais rien de plus. Certes, il a les restes des grands classiques enseignés à l'école, mais il ne peut se venter sur ça.
- Dom Juan ? Hum. Comment te dire. Je me souviens de l'avoir lu plus jeune, mais rien de plus.
Il a les joues qui rougissent, peut-être par honte. Vous savez, cette sensation de décevoir, de ne pas avoir la capacité d'entretenir une conversation qui semble  satisfaire l'interlocuteur. Gino apprend toujours de nouvelles choses à Giosuè, il lui fait souvent découvrir des choses, mais surtout de nouvelles sensations. Il a fait des choses qu'il n'aurait jamais fait sans lui. Le corps de Gino se déplace, puis il se rapproche vers Giosuè. Il y a d'un cette chaleur, qui entoure Giosuè. Cette même chaleur qui vient se poser près de lui.
- Va sur la scène. Quand tu seras là-haut, je te jure que tu me verras même pas. Je veux juste que … tu me montres quelque chose.
Giosuè rigole, sûrement par nervosité. Il demande quelque chose qui paraît presque impossible pour lui. Un peu dépassé, mais pas abattu, Giosuè tente toujours de sauver la face devant lui, pour que lui aussi, le trouve un peu grand et mieux encore, incroyable. Sans broncher, Giosuè se lève et prend le même chemin que Gino, en sens inverse. Il monte sur la scène en bois, emportant avec lui un brouhaha causé par le grincement du plancher. Il se retourne, il y a cette lumière qui l'éblouit. Il n'y a plus personne, Gino a disparu dans l'obscurité. Seule une ombre presque indiscernable se dresse devant lui.
- Te moque pas. Je suis pas aussi bon que toi. J'ai aucune tirade, aucune réplique qui me vient en tête là. Mais j'veux juste te parler d'un livre que j'ai lu. Je me souviens plus vraiment du titre, mais je crois que c'est le plus beau livre que je n'ai jamais lu. Ce livre, ce n'est qu'une longue phrase, il n'y a aucune ponctuation, cette phrase s'étend sur une cinquantaine de pages. Il y a cette homme, ou cette femme, qui parle de cette chanson, qui lui fait cette chose, qui lui fait se souvenir d'un homme, qu'il ou elle a aimé. Et je me souviens très bien comment ça commence.
Giosuè a toujours été marqué par ce livre, qu'il avait trouvé dans l'immeuble. Il avait lu d'une traite le bouquin puis l'avait gardé pour lui. Le temps semble tellement suspendu pendant cette lecture, qu'il l'a relu, et relu. Sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce que lui aussi, il aimerait que quelque chose lui fasse cet effet, qu'une chanson lui rappelle quelque chose, qu'un quelconque objet lui fasse vibrer le coeur.
- Oui de façon maladive je l’ai écoutée cette chanson elle commence très lentement quatre notes quatre blanches étirées de cuivre et puis un accord et tout démarre quand de sa voix basse elle dit I’m mad about the boy elle étire le I l’allonge et c’est comme un cri grave ça me fait frémir de l’intérieur jusqu’à la surface de la peau...

   
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 25 Avr - 9:23

Les mots de Giosuè s’embrouillent un peu lorsque je lui évoque Don Juan. Ça me fait un peu sourire, je crois que je vais devoir lui prêter le livre, comme ça lui aussi pourra apprendre la tirade sur l’inconstance par cœur et on pourra la réciter à deux face à notre public de fantômes.
Gio se lève alors et traverse la salle pour grimper sur la scène.
Il est baigné dans la lumière artificielle, et sa silhouette se découpe dans le halo lumineux. Il a l’air un peu minuscule au milieu de ce grand plancher. Il doit apprendre. Il doit apprendre à lever son menton et gonfler sa poitrine, il doit apprendre à oser défier le ciel et les étoiles pour leur dire eh, regardez-moi, je suis Giosuè Suozzo et moi aussi je peux être aussi haut et aussi grand que vous si j’en ai envie. De quoi les faire pâlir un peu, ces prétentieuses aux milles étincelles.
Il prend alors la parole et évoque un ouvrage où la ponctuation n’existe pas et où une seule phrase court sur cinquante pages. Je trouve ça bien moderne comme façon d’écrire mais je me tais. Pour une fois je n’ai pas à jouer les trouble-fêtes.
- Oui de façon maladive je l’ai écoutée cette chanson elle commence très lentement quatre notes quatre blanches étirées de cuivre et puis un accord et tout démarre quand de sa voix basse elle dit I’m mad about the boy elle étire le I l’allonge et c’est comme un cri grave ça me fait frémir de l’intérieur jusqu’à la surface de la peau...
Un sourire vient se nicher au coin de ma bouche.
Je suis content parce que Giosuè il faut le voir parler de ce qu’il aime. Il a l’air animé d’une flamme toute nouvelle, ça se voit à ses mains qui bougent en même temps qu’il parle, comme si elles aussi avaient quelque chose à dire. Puis il marche un peu sur la scène, sa voix s’élève pour appuyer certains mots et s’essouffle aussi parce que oui, oui, il faut le rappeler il n’y a pas de ponctuation dans cette phrase et donc pas de pauses.
Je joins mes mains ensemble et j’applaudis pour rompre le silence qui suit sa prestation.
Je me lève aussi.
Grande ovation à petite échelle.
Le fracas de mes paumes s’atténue doucement.
- Avec un peu d’entraînement, tu pourrais devenir un très bon orateur.
Je m’avance à mon tour vers la scène et je rejoins Giosuè sur son piédestal. À cet instant je nous imagine grands comédiens, acteurs, attendus dans toutes les villes et où cette ville-ci ne serait qu’un lointain souvenir, une bribe du passée. Où ne nous connaitrions plus la violence même si nos mains ne cesseront jamais de trembler seules et nos cerveaux de faire des cauchemars lorsque la nuit tombe.
- Un jour avec un ami à moi, on est allés mettre une raclée à deux homos. On les a vraiment abimés, tu vois ? C’est à peine si on pouvait reconnaître leur visage à la fin. Moi tu vois, je voulais pas aller plus loin, j’étais vidé, fatigué, j’avais plus rien dans le corps et j’avais plus envie. Nino lui il en voulait toujours plus, il voulait surtout en finir avec eux. Est-ce que ça fait de moi un lâche de pas avoir voulu aller jusqu’au bout ? T’aurais fait quoi, toi ?
Hein, Giosuè ? Qu’est-ce que tu aurais fait ?
Tu les aurais tués, toi ?
Dans un bon jour, je crois que j’aurai pu le faire.
Je lui lance un regard appuyé, l’excitation fait frissonner mon échine. Je me demande ce qu’il a en lui, si vraiment la bête qui sommeille est si féroce que cela.
Je me demande, Giosuè, ce que tu es.
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 25 Avr - 10:47

Puis, sa voix s'essouffle smorzando, les derniers mots se laissent mourir. Il a aussi, les yeux qui tombent vers le sol. Ses paumes ouvertes et tendues tout au long de sa petite performance se ferment. Rarement Giosuè élève sa voix pour parler si fort de quelque chose qui lui tient à coeur. La seule voix forte qu'il connait ne sont que ses cris de hargne et de fureur. On le connait, le Giosuè mal à l'aise avec les mots.
Les épaules basses et la lumière sur son corps, il s'imagine à l'autre bout de la pièce, face à lui même. Il se voit en train de rigoler à gorge déployée, pointant du doigt son double à la tête baissée, comme un enfant ayant commis une terrible erreur. Alors des flots de paroles se déversent dans les pensées de Giosuè. Il en est presque à se débecter. Ses poings se resserrent un peu plus. Et le court silence qui suit sa tentative oratoire est rompu. Son visage s'illumine au moment de le relever. Il y a le bruit des paumes de Gino qui fendent le silence bien trop pesant. Difficilement, Giosuè parvient à voir le corps de Gino s'élever.
- Avec un peu d’entraînement, tu pourrais devenir un très bon orateur. 
Giosuè sourit difficilement. A la manière d'un père qui féliciterait son enfant, Gino décroche quelques mots que Giosuè entend comme un encouragement. Faut voir comment Giosuè réagit à chaque phrase de Gino. C'est un mélange à la fois d'angoisse, de peur et de soulagement. Giosuè a toujours eu du mal à cerner son interlocuteur, imprévisible. Alors, à chaque début de phrase de Gino, Giosuè sert un peu plus les poings comme s'il se préparait au prochain combat. Mais à la fin de chacune de ses phrases, ses paumes réapparaissent. Parce qu'au fond, Gino a l'air d'apprécier Giosuè, enfin, c'est ce qu'il croit. Et qu'il espère aussi. Parce qu'il ne voudrait pas l'affronter le Gino. Il pourrait affronter des centaines de garçons, plus grands ou plus petits que lui, même son père, même des filles. Mais pas Gino.
Et puis d'un coup, il y a cette chaleur qui entoure encore une fois Giosuè. Gino se tient là, debout, à côté de lui. Le vide leur fait face. Giosuè se plonge dans ses pensées, il voit le visage de Gino illuminé par la lumière blanche des projecteurs. On aurait dit ces grands artistes, il a une prestance impressionnante et un charisme indéniable, avec ses cheveux mi-longs dont les mèches lui retombent parfois sur le visage. Giosuè aimerait bien avoir quelque chose pour immortaliser l'instant, pour figer le temps car à cet instant, le garçon qui se tient devant lui ressemble à ces personnages peints sur les tableaux. Dont la beauté et les détails bouleversent. Puis la voix de Gino vient rompre l'absence de Giosuè.
- Un jour avec un ami à moi, on est allés mettre une raclée à deux homos. On les a vraiment abimés, tu vois ? C’est à peine si on pouvait reconnaître leur visage à la fin. Moi tu vois, je voulais pas aller plus loin, j’étais vidé, fatigué, j’avais plus rien dans le corps et j’avais plus envie. Nino lui il en voulait toujours plus, il voulait surtout en finir avec eux. Est-ce que ça fait de moi un lâche de pas avoir voulu aller jusqu’au bout ? T’aurais fait quoi, toi ?
Giosuè déglutit. Il aurait voulu l'entendre parler un peu plus de Dom Juan et de son attirance pour les belles oeuvres, il aurait voulu le voir finir sa tirade pour s'en prendre encore plein les yeux. Mais Gino lui parle de bagarre, de sang, de lâcheté, d'homosexuels. Il y a quelque chose qui se passe quand Gino lui raconte ça, quand il lui pose la question. Il a cette force des mots mais en même temps, cette fragilité et cet agacement. Cette tension perturbe Giosuè.
Il lui demande son avis. Jamais personne ne demande l'avis de Giosuè. Qu'est-ce que ça pourrait leur faire, de toute façon, que Giosuè parle et dise ce qu'il pense ? Alors à ce moment-là, ses molaires se resserrent, faisant bouger les muscles qui entourent sa mâchoire. Il balbutie, s'arrête et réfléchit. Que doit-il dire ? Qu'il n'est pas lâche ? Qu'il avait raison de s'arrêter ? Ou alors l'inverse ? Et pourquoi, d'ailleurs, il s'en est pris à ces gens là ? Le silence semble long, l'attente interminable.
- Je...j'y serais allé, toujours plus fort. Parce qu'ils le méritaient. Enfin je crois. Et quand quelqu'un le mérite, il faut lui faire payer, jusqu'au bout. Tu aurais dû frapper, plus fort. Toujours plus fort. Il faut y aller toujours plus fort, même si les souffles s'arrêtent, même s'ils gémissent, même s'ils supplient Dieu de les épargner. Il ne faut pas les écouter.
A ce moment-là, le coeur de Giosuè s'emballe. Ses mots s'emmêlent, ses lèvres s'accélèrent. Il postillonne même parfois, les gouttelettes, avec la lumière, brillent et disparaissent. Il y a une veine aussi, qui se dessine sur le front de Giosuè.
- Il ne faut jamais les écouter, te supplier. S'ils pleurent, s'ils excusent, c'est trop tard. Ils le méritent. Les gens qui le méritent doivent le payer. Ils doivent le payer. Tu aurais dû y aller Gino ! Tu aurais dû faire comme Nino. On est des animaux plus que des hommes. Faut leur faire payer, leur faire payer. Leur faire payer leurs péchés. Les gens doivent le payer. Le payer Gino ! Le sang doit couler s'il doit couler, les larmes aussi, les corps doivent tomber, les plaies doivent s'ouvrir, les cris doivent être plus forts, plus durs et plus insupportables. Et tu dois pas lâcher, tu dois pas lâcher parce qu'on t'a fait comme ça, on t'a dit que t'étais fait pour rétablir la justice, pour réparer les erreurs. Même si t'es fatigué Gino ! Même si t'es vide, nos poings doivent servir, on...
Ses mains veineuses gonflent à mesure de ses mots. Et ses yeux rougissent, se remplissent, laissant s'échapper une larme qui glisse sur la joue rouge de Giosuè. Il y a quelque chose qui s'est brisé. Comme s'il se battait avec lui-même pour ne pas dire ces mots, comme s'il n'y croyait pas. Comme s'il voulait dire que Gino n'était pas lâche et qu'il n'était qu'un humain avec des sentiments et même avec un coeur, aussi petit qu'il soit. Mais ces mots là ne sont pas sortis. Seulement la haine.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 25 Avr - 12:15

Lorsque je lui raconte tout ça, je le regarde bien droit dans les yeux.
Je repense à ce soir là et à quel point nous étions ivres, ivres et fou. Je repense à quel point je frémissais à l’idée d’aller les dévisager. L’adrénaline glissait dans mes veines à une vitesse fulgurante et mon état de pensé était incroyablement flou. C’est comme si j’avais eu un écran rouge devant les yeux et qu’il aurait fallu le remplir de sang. J’ai dû jeter la chemise que je portais ce soir-là. Irrécupérable.
J’aperçois la pomme d’Adam de Giosuè qui roule sous sa peau lorsqu’il déglutit.
Ses mots se déversent de sa bouche à une vitesse affolante, ils s’entrechoquent les uns aux autres. Le visage de Gio devient tout autre, il semble rougit par les flammes, ses yeux s’écarquillent et on dirait que ce qu’il raconte, ce n’est pas lui. Il s’échauffe il crie presque, me disant que j’aurai dû le faire, j’aurai dû penser comme Nino et tuer, moi aussi. J’aurai dû les blesser jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sang dans leurs veines, qu’il n’y ait plus que de la terreur dans leurs yeux affolés. J’aurais dû continuer à taper jusqu’à ce que la peau de mon poing s’ouvre et qu’il n’y ait plus d’air à circuler dans les poumons des deux pédés.
Maintenant ce sont des cris qui s’échappent de la gorge de Gio, il est tremblant.
Il est autre chose.
Son visage n’est plus qu’un gros soleil qui pleure.
Sa voix s’arrête nette.
Ma main vient emprisonner sa mâchoire, j’accroche son visage pour le calmer, pour le redescendre sur terre. Je fronce les sourcils. Je ne pensais pas provoquer un tel raz-de-marée à l’intérieur du pauvre Gio. Mon pouce vient essuyer la larme qui roule.
- Eh oh, calme-toi … Pourquoi tu te mets dans un état pareil ?
Je parle tout doucement, comme si notre public fantomatique n’avait pas le droit de nous entendre.
Il avait l’air plongé dans une profonde détresse. Noyé dans une colère trop grande pour lui. C’est comme s’il avait besoin d’évacuer, mais il le fait n’importe comment.
- Tu pensais vraiment ce que tu viens de dire ?
Je demande, la voix se durcissant un peu.
Je crois que Gio est comme un grand enfant. Il est là, ballotté par la communauté, traîné dans la boue par la pression de la société, mis à genou par elle aussi. Il y avait quelque chose dans son discours … comme s’il voulait me faire plaisir, me rassurer sur le fait que je ne suis pas lâche. Il m’a fait sentir que lui aurait frappé sans réfléchir, jusqu’au bout.
Je lâche alors son visage.
Alors oui, ils l’ont mérité. Ils sont une verrue de ce monde, je ne les supporte pas, de toute façon. Gio a parlé de justice et je crois que ça ferait rire bien des gens. Où est la justice, ici ? C’est la loi du plus fort, c’est une vraie jungle. Les uns et les autres avancent en rampant parce qu’ils ont peur de se faire rouer de coups par les plus grands.
- Je crois qu’il y avait pas de bonne réponse. J’aurai pu le faire, de toute façon. Je l’ai déjà fait, à d’autres … Je crois que ça dépend de l’humeur, un peu comme quand tu vas au restaurant et que tu choisis tel plat plutôt qu’un autre.
Je glousse, à cause de la comparaison.
- Je crois que t’aurais bien besoin de crier un grand coup.
Sortir tout ce qu’il y a de mauvais en toi, plutôt que de parler, de scander des paroles comme ça.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 25 Avr - 22:45

Les images ont défilé à la même vitesse que le débit de parole de Giosuè. A chaque mot, à chaque syllabe, à chaque souffle il y a eu des gestes, des formes, des couleurs. Des couleurs à la fois très sombres, mais aussi très claires. Comme un gros orage et sa foudre qui s'abat sur l'arbre d'à côté. Puis beaucoup de rouge. Un rouge assez laid, c'est vrai, on aurait dit du sang.
La main rugueuse de Gino a éteint les flammes. On aurait cru voir un incendie dans les yeux de Giosuè. Une forêt qui s'embrase, les braises qui s'élèvent dans le ciel et la fumée qui pique les yeux et la gorge. Ses lèvres ont arrêté de trembler au moment même où, les doigts de Gino ont attrapé sa mâchoire. Les mains de Giosuè s'ouvrent puis se ferment. Ses doigts se tendent, se détendent. Il frotte son index contre son pouce, comme un mauvais reflex d'angoisse.
Il se racle la gorge. Le visage de Gino en gros plan l'impressionne. Il se tait, il sent sa peau contre la sienne, essuyant d'un coup la grosse larme inconvenante, qui perlait sur sa joue écarlate. Il y a quelque chose qui s'est passé dans tout le corps de Giosuè, sans prévenir, là, comme ça. Qui a tout pris sur son passage. Où plus rien ne pouvait résister, plus rien. Même Gino n'aurait pas pu résister, il en est sûr. Une grosse tempête dans le coeur et dans la tête de Giosuè. Un vacarme ahurissant.
- Eh oh, calme-toi … Pourquoi tu te mets dans un état pareil ?
Il n'en a aucune idée. Il y a des mots et des images qui ont déclenché quelque chose. Comme si Gino avait appuyé sur le gros bouton rouge marqué de l'inscription "ne pas toucher". Alors il lève les épaules, comme cet enfant innocent perdu devant une situation inconnue. Il fait une moue aussi, le coin de ses lèvres tombent vers le bas. Il y a forcément quelque chose de pas clair dans son coeur. C'est vrai, tout le monde le sait que Giosuè est perdu. Mais ils sont loin de se douter du bordel qu'il y a.
- Tu pensais vraiment ce que tu viens de dire ?
Gino se détache de Giosuè. Il a un peu l'air d'avoir pitié. Il y a ses sourcils, et aussi la petite étincelle dans ses yeux. Elle ne trompe pas cette lumière. Giosuè baisse les yeux. Il n'a jamais vraiment été comme ça. Du moins pas devant quelqu'un. Il a toujours essayé d'être fort, bien solide sur ses deux jambes. Aussi robuste qu'un gros caillou face à la houle qui claque.
- Je suis désolé Gino. J'voulais pas...enfin...excuse moi. C'était pas ce que je voulais dire.
C'est un peu flou. Très embrouillé aussi. Comme ce qu'il se passe tout là-haut. Il répond de traviole, à côté. Gino fait semblant de comprendre, sûrement. D'ailleurs, il lui dit qu'il n'y avait pas de bonne réponse. Comme s'il tentait de rassurer Giosuè. C'est dur, de le rassurer le Giosuè. Il essaye même de le détendre avec une blague. Enfin, avec une comparaison un peu insensée.
- Je crois que t’aurais bien besoin de crier un grand coup.
Giosuè sourit, puis rigole un peu. Comment ça, crier ? Comme tout déverser ? Comme vomir toute cette haine qui pourrit en lui, comme ce ver qui bouffe cette pomme de l'intérieur tombée trop tôt, ou trop tard.
- Tu...tu crois ? 
Alors, s'il le dit Gino, c'est qu'il a raison. Il a presque toujours raison Gino, enfin c'est ce que Giosuè croit. Giosuè se tourne alors vers la pièce, toujours aussi vide et si noire. Il avait oublié la lumière. Ses sourcils se froncent et ses paupières s'abaissent. Ses pieds se fixent au sol et ses jambes se tendent.
Puis Giosuè prend une grande inspiration, en prenant le soin de gonfler son ventre au maximum. D'un coup, ses cordes vocales tremblent. Il y a ce son qui sort de son gosier, comme s'il venait de nulle part.
On aurait encore dit une grosse tempête. Mais cette fois, à l'extérieur.    
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 26 Avr - 10:59

Les traits de Giosuèse détendent alors, et l’immense panique que j’ai pu lire sur son visage s’estompe peu à peu. Sa détresse me déboussole un peu, je ne l’ai jamais vu comme ça. Aussi égaré. Il était plongé dans une espèce de transe, comme si quelque chose d’inhumain s’étais assis dans sa tête et avait pris le contrôle de tout son corps pour le faire agir et parler. Mais la bête est partie, ou alors elle s’est rendormie. Les rougeurs de son visage se sont apaisées et Giosuè a retrouvé sa part humaine.
Je me demande alors si moi aussi je suis habité, parfois.
Peut-être que oui, peut-être qu’il y a quelqu’un qui m’aide à choisir et à agir, il me fait croire que je suis d’accord alors je fais toujours en pleine conscience.
- Tu … tu crois ?
Je hoche la tête en guise d’encouragement.
Giosué s’avance vers le public, son visage prend une toute nouvelle expression. Son cou et sa face sont alors tendus vers le ciel. Il crie. C’est un cri puissant, qui me laisse paralysé sur le bord de la scène. Je le regarde et c’est comme s’il était en train d’engueuler les étoiles, tout l’univers. Son cri englobe toute la pièce, je suis même sûr et certain qu’on l’entend dans tout l’immeuble. Je me réjouis à l’idée de savoir qu’il est en train de déranger et d’inquiéter tous les esprits en quête de repos qui errent dans l’immeuble.
J’esquisse un sourire.
Sa voix meurt peu à peu au fur et à mesure que son souffle s’évapore.
- Ça va mieux ?
Je demande alors.
C’est drôle, aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir un comportement de père avec Giosuè. Que je suis ramolli par l’envie de le voir aller bien, que je pourrais lui tenir la main pour l’aider à affronter le monde. Ça m’étonne parce que je n’ai jamais tendu la main à qui que ce soit, j’ai toujours voulu écraser les autres, prendre le plus de place possible en ce bas-monde et être regardé, admiré. Être craint des autres et rendre fier mon père. Aujourd’hui, j’ai envie de m’asseoir dans un coin sombre pour laisser Giosuè occuper l’espace.
Il le fait très bien.
- Moi aussi je veux essayer.
Je veux savoir comment on se sent après.
Je me place alors au milieu de la scène, sous la cascade lumineuse.
Les yeux grands ouverts sur le noir, moi aussi je gonfle mes poumons d’air et alors je pousse un cri énorme. Un cri qui transpire ma rage, ma peur, ma fierté, ma colère, mon dégoût. Un cri qui me brûle la gorge, qui me serre le ventre. Je déverse alors tout ce que je ne dis pas, tout ce que je suis. Je vomis Giorgio Salvatici, je vomis le sang versé, les armes tenues, les filles que je n’ai jamais aimées, les coups donnés, les masques portés au quotidien. Je vomis ce que je suis et mon cri s’arrête d’un coup.
Je recule d’un pas.
Épuisé.
Mes mains tremblent un peu, je crois que je suis vidé. J’ai chassé ma personne pour quelques secondes, pour cette paix intérieure éphémère. Mais il revient très vite, comme si mon enveloppe corporelle lui permettait d’exister.
Je laisse échapper un rire qui mêle aliénation et étonnement.
- … C’était quelque chose.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 26 Avr - 14:11

Il aurait pu faire vibrer les murs de l'immeuble avec son cri. C'était presque inhumain, à la manière de ces monstres qui hantent les cauchemars des enfants. Il a fait vibrer aussi tous ses membres et son petit coeur tout dur s'est ramolli au rythme des ondes. Il espère aussi que Gino a frissonné. Il aimerait aussi, l'impressionner comme lui sait si bien le faire. C'est vrai, Giosuè impressionne sûrement quelques personnes dans cette foutue ville, mais il s'en fiche lui, des autres. Il aimerait que Gino le regarde avec une petite crainte, avec cette lumière dans ses yeux qui dirait "épargne-moi".
Mais malgré tout, Gino est là pour Giosuè comme personne ne l'a encore jamais fait. C'est vrai, il y a peut-être Baya ou même Lua, mais aucune des deux n'a su le cerner et le contrôler comme Gino sait si bien le faire. Il a compris ce truc qui clochait, ce petit monstre qui navigue entre le coeur et le cerveau de Giosuè. Il lui apprend toujours des nouvelles choses qui lui font du bien. Par exemple, crier et dégueuler toute sa haine au monde. Mais pas avec ses mains, ni avec ses pieds. Juste avec sa voix, en faisant vibrer d'une manière étonnante sa cage thoracique. Comme une thérapie.
Giosuè est un peu triste pourtant. Toujours un peu triste parce que lui, il n'aide jamais Gino, il ne lui donne jamais ce petit conseil, même minime, qui pourrait l'aider. Il est ce boulet accroché à sa jambe. Et Giosuè aimerait bien aussi, pouvoir l'aider. Mais il n'a pas beaucoup de courage et encore moins les épaules pour supporter le fardeau des autres. Il est comme ça, un peu égoïste.
Il y a beaucoup de choses que Giosuè aimerait.
Giosuè s'essouffle et sa voix s'éteint. Il reprend sa respiration et expire encore un peu fort. Et puis s'esquisse sur son visage un sourire gêné mais aussi amusé. Il rigole un peu de l'absurdité de ce qu'il vient de faire. Au fond, c'était plutôt marrant et ça lui a fait du bien.
- Etonnement, oui
Il rigole toujours un peu plus. C'est dingue cette façon qu'il a de passer des rires aux larmes. La complexité de son schéma mental se délie un peu plus au fur et à mesure qu'il apprend à se connaître. Et puis Gino veut aussi se prêter à l'exercice. Peut-être parce qu'il a aussi plein de choses pourries à l'intérieur, qu'il veut déverser au monde et leur mettre à la figure, pour leur montrer qu'au fond, s'il est comme ça, ce n'est pas pour rien. Pour faire taire les bouches baveuses et hypocrites. Pour leur mettre à la gueule plein de choses, mais cette fois pas avec les poings. Avec ce gros cri qui fait peur. Giosuè se recule et Gino prend sa place. On aurait dit deux comédiens qui font, tour à tour, leur monologue. Un monologue qui détonne et qui fait frémir les spectateurs, qui leur fait quelque chose comme "c'était quoi ça", où les regards ébahis des spectateurs se croisent, où les mains se crispent et se lient les unes aux autres. Quelque chose qui fait peur mais qui fait du bien.
Alors Gino est là, sous l'auréole lumineuse qui lui donne l'aspect d'un ange. Et d'un coup, il y a ce grand fracas. Giosuè s'étonne et se recule. Il a l'air d'avoir encore plus de rage que lui. Il y a beaucoup de choses à traduire de son cri. Mais Giosuè est bousculé de l'intérieur par l'intensité du grognement de Gino.
Et puis, plus rien. Le regard de Giosuè traduit son étonnement. C'était fort mais en même temps, assez beau. C'est vrai, un beau cri viril comme ça, qui veut dire tout et rien à la fois, c'est joli, ça fait frissonner et lever les poils. Et puis ils rigolent, tous les deux. Sauf que Giosuè ne peut s'empêcher de de rire toujours un peu plus fort. Ahurissant.
- Bordel Gino, y'avait quoi en toi pour lâcher tout ça ?
Il sourit, mais au fond, il sait ce qu'il y a en lui. Parce que Gino ressemble un peu à Giosuè. Et puis, peut-être qu'avec cette question, Giosuè voudrait en savoir un peu plus, comme s'il lui tendait une perche pour qu'il lui parle, qu'il se confie et qu'il lui dise des choses qu'il n'aurait dit à personne d'autre.    
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 26 Avr - 17:13

Le rire de Gio éclate dans la salle.
Ça me fait sourire – sourire sincère, pour une fois dénué d’artifice. Un sourire qui vient vraiment du cœur, pas un qui achète et qui veut faire plaisir.
- Bordel Gino, y’avait quoi en toi pour lâcher tout ça ?
Je hausse les épaules et mon rire repart de plus belle. Putain que ça fait du bien, ce lâcher prise. Je me sens un peu autrement, un peu moins moi et pourtant c’est bien moi. Mais c’est comme si j’avais donné un coup de pied à Giorgio, un grand coup de pied dans le dos pour le réveiller et ainsi lui permettre de rugir et de cracher sa lave devant tout le monde, de montrer sa face ténébreuse et à la fois flamboyante.
Je passe mes deux paumes dans mes cheveux, un peu ahuri par ce qu’il vient de se passer.
- J’sais pas, Giosuè. J’dois avoir un dragon dans le ventre, à coup sûr.
C’est comme si nous nous étions tous deux transformés en volcans. Deux éruptions volcaniques qui explosent à la suite, sciant la terre en deux, asséchant les eaux et rasant des villes entières. Je me dis qu’à nous deux nous formons une équipe très dangereuse et il suffirait qu’on nous échauffe un tout petit peu, qu’on nous fasse dépasser notre ligne blanche pour qu’on mette la ville à feu et à sang. Ça se sent chez, Gio, ça, qu’il y a des montagnes mystérieuses balayées de vents en colère. Puis chez moi … je sais que j’ai de quoi dévaster n’importe qui et que j’ai la force de me dresser contre plus grand que moi. J’ai l’habitude de sortir les crocs.
Je vais m’asseoir sur le bord de la scène, où j’allume une cigarette.
Je me sens comme ivre, plongé dans un état différent, moins lucide.
C’est ça, d’être avec Giosuè.
C’est se dépasser, voir ce qu’il y a au plus profond de nous, s’aventurer dans sa tête, ramper au fond de soi même si on n’a pas envie ou qu’on a peur. C’est un plongeon dans le vide. Moi j’aime ça me surpasser, continuer de courir même si j’ai plus de force dans les jambes, continuer de gueuler même quand j’ai plus rien dans la voix. Puis à force, à force, on s’oublie un peu. Et on se concentre juste sur … l’instant présent. Sur ce qu’il se passe, là, tout de suite.
Là je pense à la cigarette qui se consume et à la lumière qui baigne mon dos.
Je ne pense pas aux besognes qui m’attendent.
Je ne pense pas à taper quelqu’un, ni à vendre des armes, ni à aller faire une livraison.
Rien de tout ça.
Je me tourne alors vers Gio.
- Cigarette ?
Je demande alors, tendant l’objet vers lui.
Elle a un goût bizarre avec ma gorge qui porte encore les traces douloureuses de mon cri.
Parfois j’ai comme la sensation de devoir dire à Giosuè merci, c’est bien d’être ensemble. Tu vois quand je suis avec toi je suis un peu moins moi. Un peu moins Giorgio. C’est bien, tu sais, d’être autre chose, d’être différent. Le monde est moins rouge, moins violent. Je peux respirer sans avoir à prouver quelque chose.
- Tu sais Gio, là, maintenant, j’me sens prêt à tout. J’me sentirais même de bazarder ma vie pour aller jouer dans les plus grands théâtres du monde !
J’me marre encore et je m’étends sur le plancher.
La lumière violente des projecteurs m’aveugle.
Je fronce les sourcils. Si j’me casse, pour sûr que mon père vient me chercher lui-même par la peau des fesses. Il me flanquera une belle raclée avec ses poings devant les autres pour montrer l’exemple à ceux qui veulent fuir.
- Tu t’entends comment avec ton père, toi ?
Je demande alors.
C’est vrai, Gio n’en parle jamais.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 26 Avr - 22:23

Il y a des rires qui s'emmêlent. Ici, seul l'immeuble a connu les grands et beaux rires d'enfants naïfs. C'est l'unique endroit de la ville où on peut sentir un peu de bonheur et même un peu d'amour. Où les coeurs, à la manière d'une chorale, s'accordent, s'attachent et collent. C'est même assez joli. Comme Gino et Giosuè, ce sont deux beaux gamins aux mains abîmées et aux genoux écorchées. Des nouveaux-nés perdus dans un monde trop grand et dangereux pour eux.
Il y a des rires qui résonnent. Deux gros rires de garçons. D'hommes même, parce qu'il y a cette cuirasse masculine qui recouvre la frêle jeunesse de Gino et Giosuè. 
Mais il y a surtout des rires vrais. Des gloussements qui sentent la sincérité. C'est rare ici les choses sincères et honnêtes. Cette ville est emplie de sourires et de gestes artificiels. Il n'y a que des pantins de chair et d'os. On ne sait pas qui tire les ficelles, mais on se doute. On se doute qu'il y a du sang et des larmes qui menacent. Qu'il y a les sentences qui frappent autour et qui effraient, qui disent "à qui le tour". Alors les gens agissent comme on veut qu'ils agissent, ils disent des mots qu'ils ne pensent pas mais qui font bien, qui vont bien dans le décor et qui ne blessent pas. Ils font des choses qu'ils n'ont pas envie de faire mais qu'ils font parce que sinon, il y a des cris stridents qui retentissent à la manière du glas.
Balayées les apparences, Gino et Giosuè ont l'air vrais. Détonnant.
Il dit qu'il y a un dragon en lui. Giosuè se dit que lui aussi, il doit y avoir une bête féroce comme ça dans ses entrailles, qui a fait de son coeur un cabane dans laquelle il se réfugie. Mais lui, même quand le loup y est, il n'hésite pas à sortir et à tout détruire avec ses flammes lucifériennes. Puis parfois, il ne montre même pas le bout de sa queue. Allez savoir pourquoi. Gino s'assied sur le bord de la scène. De là où se tient Giosuè, il a l'impression qu'il flotte dans le vide. La perspective et l'obscurité de la salle vide semblent le faire voler. C'est beau, c'est ce qu'il se dit, que c'est joli un Gino tout calme et tout doux après un tel vacarme. Il sourit tout en se rapprochant de lui. Il traverse le premier nuage de fumée qui s'échappe du corps de Gino. Gino lui tend une cigarette, il l'attrape et lui adresse un sourire comme pour le remercier. Pourtant ici, personne ne sourit pour dire merci. Alors peut-être que Gino ne l'a pas compris.
- Tu sais Gio, là, maintenant, j’me sens prêt à tout. J’me sentirais même de bazarder ma vie pour aller jouer dans les plus grands théâtres du monde !
La cigarette entre ses lèvres, il rigole. Lui aussi aimerait bien s'enfuir avec Gino, prendre les routes et sentir sur sa peau le vent sucré. Apprendre de nouvelles choses, sentir des nouvelles odeurs, voir d'autres couleurs que le rouge, le noir et le gris. C'est l'image qu'il se fait de la liberté. Grand mot dans le coeur de Giosuè, qui ne veut rien dire dans cette cité. On lui a toujours dit que la liberté n'existait pas, que c'était une invention de l'ailleurs, de l'autre côté de la mer. Des bêtises qu'on raconte aux enfants quand il est tard, en leur promettant des beaux et grands rêves libres.
- Moi aussi, et voir des grands yeux qui s'écarquillent quand on monte sur scène. Et surtout, les mains qui frappent pour nous et pas sur nous.
Il sourit. Le galet de son briquet grince, la molette tourne et l'étincelle fait jaillir une flemme bleue, puis orange. Le tabac s'embrase et la première fumée circule dans ses poumons. Il lève la tête, puis s'amuse à faire des ronds qui ressemblent à ceux des ricochets.
- Tu t’entends comment avec ton père, toi ?
Il tousse. Ses deux doigts qui tiennent sa cigarette se crispent et écrasent le filtre. A chaque fois qu'il passe le seuil de l'immeuble, Giosuè s'est toujours promis une chose : oublier l'extérieur et surtout, papa. Il sent que quelque chose gronde dans son ventre. C'est peut-être la bête qui s'est encore réveillée. De sa main libre, il attrape le bord de la scène et s'accroche fermement. Comme s'il allait tomber d'une minute à l'autre. Parce que d'habitude, personne ne lui parle de son père. Tout le monde sait, qu'il ne faut pas lui en parler. Il devient tout rouge comme les flammes à chaque fois qu'il y pense, à son père. Mais c'est Gino en face et Giosuè s'est déjà perdu devant lui. Il est déjà un peu vide. Il y a eu la larme, puis le cri. Il y a déjà eu trop d'émotions. Et pourtant.
- ça va.
Il aurait voulu tout lui dire, que son père était le pire de tous, que son père lui a fait du mal, que son père a fait disparaître les piliers de sa vie. Mais il a coupé court, il a remis sa cigarette à ses lèvres, il a inhalé. Mais tout est passé de travers. Il tousse encore, très fort. Parce qu'il a menti à Gino. Et il ne doit pas mentir à Gino, il ne peut pas lui mentir, il ne peut pas, il n'a pas le droit, il se dit ça, il se le répète, encore, encore et encore. Il tousse d'ailleurs toujours plus fort, comme si son corps voulait le lui faire payer. Alors le seul moyen, c'est de dire quelque chose.
- Il a pris ma vie en même temps qu'il a pris celle de ma mère. Elle a disparu, du jour au lendemain et elle avait mon coeur avec elle. Mais moi j'suis pas con Gino. Hein que j'suis pas si con Gino. Parce que je le sens ces choses là, ça sent la rouille et le chaud. Et ce soir-là, quand je suis rentré, ça sentait la rouille et le chaud. Et maman était plus là.
Fumée. Colère.    
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mer 27 Avr - 17:07

Le dos contre les planches, une main sur le ventre et les yeux tournés vers Gio, j’attends sa réponse. Il tousse alors et je n’ai pas besoin de l’entendre parler pour savoir que je viens de cogner bien fort dans une corde sensible.
Aïe.
Gino, tu n’as pas beaucoup de tact.
Son corps est tendu, plein de nerfs, contre la scène. Je fronce un peu les sourcils, je m’attends à une explosion, encore une. Je crois qu’on n’a pas terminé de ravager l’immeuble, aujourd’hui et que si je continue à maltraiter Gio comme ça, on va vraiment finir par foutre le monde à feu et à sang. Ce n’est même pas mon but, je crois que je suis juste maladroit dès que j’essaie de me préoccuper des choses humaines, de la famille, de ce qui bouleverse les cœurs et inquiète les esprits.
- Ça va.
Menteur.
Menteur, ta voix s’étouffe, ta gorge souffre – c’est ton corps qui te trahit. Je me contente de grimacer et d’expulser un long soupir. Je n’aime pas qu’on me mente. Je lui pose une question simple, ce n’est pas la peine de se mettre dans tous ses états, de se retourner la tête pour ça. Je reste parfaitement calme, étendu là sur les planches grinçantes. Il ne faudrait pas non plus que je me mette à tiquer, à redevenir tremblant et nerveux. Ce n’est pas l’heure de provoquer un cataclysme.
- Il a pris ma vie en même temps qu'il a pris celle de ma mère. Elle a disparu, du jour au lendemain et elle avait mon cœur avec elle. Mais moi j'suis pas con Gino. Hein que j'suis pas si con Gino. Parce que je le sens ces choses là, ça sent la rouille et le chaud. Et ce soir-là, quand je suis rentré, ça sentait la rouille et le chaud. Et maman était plus là.
Alors c’est ça, Gio ?
C’est ça la bête qui dort, c’est ça la larme furieuse, c’est ça tes poumons qui voulaient plus marcher correctement, c’est ça ton cri sourd et profond, c’est tout ça … Sa voix est pleine de nœuds, pas la peine de se prétendre médecin des âmes pour savoir ce qui cloche chez ce garçon. Je me relève lentement, la cigarette coincée dans le bec, un coude posé sur les planches – maman dirait que je dégage toute la nonchalance du monde dans la manière de me tenir.
J’entends bien qu’il est triste et bouleversé.
Peut-être qu’il pense que la vie est un juste et que son père est le plus grand des salauds.
Mais moi je ne me sens pas ému ni triste pour lui. J’ai seulement un grand vent d’indifférence. Je crois que j’ai trouvé les limites à ma compassion humaine. Son récit me laisse un peu sans voix alors je fume dans le silence et je réfléchis.
Je me demande ce que ça fait de vivre avec le meurtrier de sa mère.
Ici nous vivons tous avec des meurtriers.
Mais je la sens la colère de Gio, c’est un souffle chaud (peut-être qu’il a un dragon dans le corps, lui aussi). Mes yeux quittent la contemplation du vide pour venir se poser sur le garçon.
- Pourquoi tu te venges pas, t’as pas un cœur à aller récupérer ?
Je me serais vengé. Sans état d’âme, avec toute la violence et le sadisme dont un homme peut faire preuve. J’aurai frappé jusqu’au bout et malgré les supplications, car c’est Gio qui l’a dit. Il ne faut pas les laisser se plaindre, il ne faut pas écouter leurs cris et leurs voix geignardes qui demandent d’arrêter, de faire une pause.
- J’pourrais t’aider.
J’ai pas peur de ça, moi. Pas peur de retrousser mes manches, de faire le sale boulot.
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Jeu 28 Avr - 0:51

Sa main gauche tient toujours fermement le plancher de la scène.
Gino agit encore en effet thérapie. Pour la première fois, Giosuè a su mettre les mots sur le plus gros tracas de sa vie. Ces mêmes mots qui ne sont jamais sortis auparavant. Ces mots dont seul lui avait l'existence. Et maintenant, dans la confidence, il y a Gino. C'est pas un peu dangereux, ça, d'ailleurs, de lui dire des choses à ce gars là ? Il pourrait très bien répandre cette histoire, raconter que le père de Giosuè est un autre de ces -nombreux- voleurs d'âme qui peuplent la ville. Et puis ça finirait en bain de sang, Giosuè gisant dans une immense flaque toute moche. Remarque, Giosuè s'est toujours dit que ce serait bien de voir sa vie s'arrêter.
Il y a déjà songé à la mort. Il a déjà pensé à rendre sa vie en disant "c'est bon, j'ai eu ma dose". En sautant de tout là haut ou même en se faisant exploser la cervelle. Mais il y a toujours eu ces petites gens qui lui font toujours un peu de bien et qui lui rappellent qu'il y a encore des choses belles, malgré tout, à faire. C'est toujours un peu étrange de se dire que Giosuè pose l'espoir dans l'âme d'autrui alors même qu'il brise des os et casse des dents.
Il exhale la fumée blanche et épaisse d'une telle manière qu'on croirait qu'il crache ses maux et ses infections. C'est rance et putride à l'intérieur. Il voudrait qu'on trouve le remède à tout ça et qu'on lui dise un jour, un beau jour d'été où le soleil est rond et où ses yeux reflètent le ciel, qu'il est guéri et qu'il sera heureux pour toujours.
Malgré les tremblements de son corps, Giosuè est devenu étrangement calme et apaisé. Il y a toujours un peu de colère en lui mais elle est balayée par les vents chauds qui soufflent dans son coeur. C'est peut-être grâce à la chaleur du corps de Gino qu'il sent se mouver dans son dos. Il a dit ces choses pourtant coincées au fond de ses entrailles, qu'il a été chercher avec une telle facilité qu'il en est presque déconcerté.
Puis il y a ces deux phrases à la suite prononcées par Gino. C'est à la fois calme et violent comme un jour de tempête sur l'océan. Si calme que Giosuè en vient presque à se laisser sourire. Il s'imagine dans le vestibule de la maison où tout est toujours obscur, en train d'arracher de ses deux mains le coeur immonde de son père. Le sang coulerait et il laisserait son père se noyer dans un immense chagrin, le même que Giosuè vit constamment. Il lui dirait des mots très moches. Qu'il s'excuse ou pas, il s'en fiche. Il veut juste qu'il souffre jusqu'à y laisser sa vie. C'est le plus beau cadeau qu'il pourrait lui faire. Puis il se rappelle que sans lui, il ne serait pas. Alors il y a son sourire qui s'efface et ses yeux qui s'embuent.
- Je crois pas que ce soit la bonne solution Gino. Faut pas qu'il meure, c'est trop facile pour lui. Faut qu'il souffre et que ça dure encore plus longtemps que la mort.
Giosuè s'allonge sur le dos et tourne son visage vers celui de Gino. Ses yeux rougissent et s'humidifient encore un peu plus.
- Mais...Si un jour je te dis "viens, on le fait", est-ce que tu viendrais vraiment ? Est-ce que tu resterais jusqu'à la fin, jusqu'à m'aider à nettoyer son sang de charognard ?

 
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Jeu 28 Avr - 20:08

Il m’en faudrait plus pour m’effrayer.
Bien plus qu’un homme avec une soi-disant renommée et des rumeurs sur sa violence et des actes atroces. Moi aussi dans trente ans j’aurai une réputation, les on-dit souffleront dans mon dos comme un mauvais présage et je serai encore plus craint qu’aujourd’hui. On inventera des légendes sur mon nom, sur ce que j’ai fait et ce que j’ai pu faire.
- Je crois pas que ça soit la bonne solution Gino. Faut pas qu’il meure, c’est trop facile pour lui. Faut qu’il souffre un peu plus.
Je hoche la tête.
Je comprends.
Il y a un brave sentiment de délectation à savoir que son plus vieil ennemi souffre, qu’il rampe dans la douleur jour et nuit en attendant de mourir. Gio s’allonge. Ses yeux brillent.
- Mais … Si un jour je te dis « viens, on le fait », est-ce que tu viendrais vraiment ? Est-ce que tu resterais jusqu’à la fin, jusqu’à m’aider à nettoyer son sang de charognard ?
Mes lèvres esquissent un petit sourire.
Le jour où ça arrivera, je crois que Gio sera aussi bouleversé que tout à l’heure. Avec les mains qui tremblent, la voix qui crie, le soulagement d’avoir tué son père et en même temps une espèce de culpabilité qui lui rongerait le bide, c’est certain. Peut-être même qu’après, il se demanderait et après, et après il se passe quoi ? Est-ce qu’on continue d’exister comme si de rien n’était, est-ce qu’on fait des cauchemars toutes les nuits, est-ce qu’il va me hanter, est-ce que la police va savoir ?
- Tu sais, si j’ai bien l’amour d’une chose, c’est celui du travail bien fait. Alors oui, je t’aiderai à en finir, et je nettoierai tout avec toi et on brûlera ce qu’il y aura à brûler. Personne n’en saura rien.
Sauf nous deux.
Étroitement liés par un méchant secret, qu’il ne faudrait pas dévoiler.
Les deux poitrines attachées l’une à l’autre par un lien invisible, un lien lourd et puissant, que seul quelque chose de l’ordre de la délation viendrait à briser et à faire couler l’autre. C’est comme ça que ça se passe, c’est tout.
Mon œil s’allume d’un éclat fou.
- On pourrait faire en sorte qu’il tombe malade.
Une maladie lourde où chaque jour il se verrait décrépir un peu plus dans le reflet du miroir. De la peau jusqu’aux os, quelque chose qui ronge lentement, qui fait frémir de douleur, qui nous rappelle à chaque instant de notre vie qu’on est en train de perdre quelque chose et qu’on n’a plus rien à voir avec le jeune homme du passé. Quelque chose comme ça, qui fait cracher du sang, qui inquiète, qui génère des insomnies.
Qu’on ne peut pas guérir.
Qui n’a qu’une seule issue.
Gio pourra alors se délecter du bon plaisir de voir son géniteur décliner comme un vieil astre qui n’a plus la force de finir le tour de sa planète.

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