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 À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)

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PRÉNOM : SYL20
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DEPUIS QUAND : 21/04/2016

MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Dim 8 Mai - 20:13

Mes muscles se tendent à mesure des secondes passées à attendre la réponse de Gino. Je l'imagine me dire qu'il me laisserait seul dans ce bourbier sanguinaire et sanguinolent, seul à faire disparaître le cadavre malmené de mon père, à transporter son corps lourd à la manière d'un Sisyphe déchu. Et ma réaction en serait proportionnelle, ou bien peut-être surdimensionnée, je ne sais pas vraiment. Mais s'il me disait non, "débrouille-toi avec ta merde et les tripes de ton père", j'aurais envie à l'instant de briser le monde de mes doigts, déjà bien trop abîmés par les conséquences d'actes crapuleux. Parce que Gino, je crois que j'en ai besoin. Comme un funambule qui a besoin d'équilibre et d'adresse, j'ai besoin de ce gars-là qui se tient près de moi, à supporter un être brisé et trop complexe pour des si jeunes hommes.
Mais ses mots viennent rompre cette angoisse peu justifiée. Un sourire se dessine sur mes lèvres et mon cerveau ordonne à mes membres de se relâcher. C'est vrai, c'est toujours réjouissant d'avoir quelqu'un, prêt à réaliser la tâche la plus ignoble qu'il soit. C'est peut-être ça alors, la concrétisation de cet objet impalpable qu'est l'amitié. La réification du lien presque mystique qui unit deux âmes, ce contrat passé qui oblige l'un comme l'autre à réaliser l'improbable ou l'impossible.
Il y a ce sourire adressé à Gino, vous savez, ce sourire si vrai qu'il allume dans vos yeux ces petites lumières qui clignotent comme un phare dans l'horizon bleu nuit. Si vrai qu'il remplace les mots et les longues phrases de circonstance qui font peser dans l'atmosphère une ambiance bien trop solennelle. Il m'en faut alors peut-être peu pour me sentir exister et qu'on me fasse sentir comme tel. Voyez comment les simples mots de Gino, depuis le début de notre rencontre, m'ont touché au plus profond, même les plus simplets et insignifiants. Parce qu'ils viennent de la bouche et peut-être même du coeur d'un type qui en impose. Chaque syllabes décrochées sont comme une petite victoire. Je crois que même s'il m'insultait ou me disait des mots moches et durs, je me satisferais de son intérêt, aussi minime qu'il soit, pour moi.
- On pourrait faire en sorte qu'il tombe malade.
Mes pensées s'arrêtent nettes, je m'interroge. Il n'y aurait pas de sang alors, il n'y aurait pas de regards implorants le pathos. Il n'y aurait pas de cri de douleur au moment où les poings s'abattent, ou la lame découpe l'artère principale. Ni de peur. Le voir souffrir, encore plus longtemps qu'après un coup porté ou qu'une plaie ouverte. Le voir pourrir de l'intérieur dans ses draps maculés d'infamies. Pouvoir lui adresser des "tu l'as mérité" sans le craindre, en lui rappelant que les vicissitudes de sa vie ont mené son être à le punir. Et surtout, être le metteur en scène de toute cette mascarade dissimulée sous le prisme de la fatalité. Je lui fais un mouvement de tête pour approuver son idée.
- Tu sais toi, comment rendre les gens malades ?
Faut-il alors suivre des recettes sorties d'un grimoire magique ? Lui administrer une substance létale ? S'initier à des rites Vaudou et supplier que le mauvais oeil s'abatte sur lui ?
- Je veux qu'il souffre autant qu'il fait souffrir avec ses mots et ses couteaux. Faudrait une maladie à la hauteur de ses actes qui l'enferme à perpétuité dans son propre corps.
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PRÉNOM : KEKE
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 9 Mai - 21:01

Il doit y avoir quelque chose d’absolument jouissif à voir la personne que l’on déteste le plus mourir à petit feu. Je crois qu’on se délecte du spectacle quotidien, de voir l’être dépérir sous la morsure de la maladie, crachant sa bile, toussant du sang.
- Tu sais toi, comment rendre les gens malades ?
Je hausse les épaules et je laisse échapper un petit rire un peu fou et complètement déraillé. J’en connais une, à la maison, qui ne serait pas fière que son fils ait des idées pareilles. À ça je répondrais mais qu’est-ce que tu veux, Dolores, Giorgio Salvatici est bien le fils de son père. Peut-être même un peu plus vicieux, un peu moins net et fréquentable.
- Je veux qu'il souffre autant qu'il fait souffrir avec ses mots et ses couteaux. Faudrait une maladie à la hauteur de ses actes qui l'enferme à perpétuité dans son propre corps.
Je hoche la tête.
Je sais bien qu’il le veut, ça dégouline de Gio, cette envie de voir son géniteur calciné par la maladie. Mais moi, la maladie, c’est pas mon rayon. Je sais y faire avec les armes et les poings, ça je connais par cœur. Je connais les zones sensibles, celles qui font durer la douleur et celles qui tuent sur le champ. J’ai les gestes précis, j’ai de l’entraînement. J’ai tout ça qui font de moi un guerrier redoutable qui n’a pas peur de serrer les poings. Je sais aussi les gestes pour me défendre, pour assommer mes adversaires et mieux les briser.
- Je sais pas, je connais pas les maladies. Mais on trouvera bien une vieille femme qui nous délivrera ses secrets sous la présence d’un couteau.
Je m’allonge de nouveau sur les planches, laissant la lumière m’aveugler.
Je ne sais pas si Gio est mon ami.
Mais je crois que je pourrais tuer pour lui. Je crois que je pourrais faire un tas de choses sales pour le voir sourire. Il y a quelque chose chez ce garçon qui mérite qu’on lui tende un peu la main pour l’emmener vers le soleil. Il est resté tellement de temps à l’ombre de son père qu’on dirait qu’il n’arrive plus qu’à courber l’échine.
Il a sûrement de la chance que je sois son allié.
J’ai peut-être aussi de la chance de l’avoir à mes côtés.
Peut-être parce qu’il me permet d’être moi-même, de me redonner un peu d’humanité. De laisser tomber mon masque de Gino le méchant, le redoutable, celui qui fait dresser le poil sur l’épiderme.
- Gio ?
Je demande.
- Tu crois qu’on aura une vie banale, un jour ?
Est-ce que je partirai en vacances avec ma femme et mes enfants ? Est-ce que j’irai faire les courses en oubliant la liste à la maison ? Est-ce que j’aurai un métier, je veux dire, quelque chose de concret et de normé ? Je ne me suis jamais demandé si j’étais heureux.
J’ai juste de la satisfaction.
Je tire de la satisfaction dans les choses primaires : la bouffe, la violence, les plaisirs de la chair, les grosse bagnoles et l’alcool.
C’est tout.
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PRÉNOM : SYL20
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 9 Mai - 23:17

J'ai du feu dans les yeux quand je m'imagine au chevet de mon père, riant aux éclats comme si le diable s'était emparé de mon âme. Je débecterais alors des mots horribles qu'un coeur, aussi solide qu'il soit, ne supporterait pas. Je lui rappellerais toutes les secondes, minutes, heures et journées qu'il a passé là, étendu à attendre le jugement dernier. Je cracherais dans chacun de ses verres d'eau afin qu'il ressente le goût âpre de ma vie et de mes entrailles rongés par le chagrin qui a fait de mon corps sien. Je veux voir ses yeux quémander de l'aide et je me vois, répondre avec mon plus joli sourire et mes plus jolies dents. J'espère même lui rappeler maman. Et puis, au moment où ses yeux se fermeront à tout jamais, je lui dirais la vérité. Que tout ça, c'est à cause de Gino et moi. Et je l'imagine lutter contre la mort, les veines de son front bleuies et gonflées, ses yeux remplis de sang et de haine. Et je rigolerais, je rirais comme je ne l'ai jamais fait et je brillerais de mille feux, d'une lumière si belle qu'on croirait assister à la naissance d'un nouvel astre.  
- Je sais pas, je connais pas les maladies. Mais on trouvera bien une vieille femme qui nous délivrera ses secrets sous la présence d’un couteau.
Un rire s'échappe. Il y a toujours de la violence dans les paroles de Gino, comme si un peu de haine s'accrochait à chacun de ses mots qui s'extirpent de son corps. Mais je ne l'ai jamais vu à l'action. Quand ses poings se serrent, quand ses molaires claquent les unes contre les autres et quand ses yeux s'incendient, je ne sais pas ce que ça fait. C'est peut-être étonnamment beau, un Gino qui agît sous l'égide d'une force obscure et qui fait couler des larmes et du sang. Il irait sûrement bien dans un décor peint par Caravage.
- Gio ?
Silence. Il a cette manière de m'appeler, à la fois douce mais dramatique. Il y a cette angoisse qui s'empare de moi à chaque fois qu'il m'adresse la parole, il m'impressionne Gino, il m'inquiète alors même que je ne devrais pas.
- Tu crois qu'on aura une vie banale, un jour ?
Je me tourne vers lui, allongé sur mon flanc droit. Je tends mon bras droit et pose ma tête sur mon épaule. Nos deux corps allongés sur un plancher précaire, les visages illuminés par la lumière artificielle des éclairages et cette question qui se répète dans mes pensées. On aurait dit cette scène où deux enfants rêvent, entourés d'un paysage céleste, loin des sirènes et des effluves de goudron. Dans un endroit où le vent caresse l'épiderme, comme deux amants qui se découvrent pour la première fois, apprivoisant le corps et les détails de l'autre. J'aurais voulu qu'on y soit, dans cet endroit doré et immaculé et lui répondre que oui, un jour, nos vies seront belles et normales, où on vivra jamais sans la moindre crainte. Une vie où nos seules angoisses seraient de savoir si le gaz est bien fermé, de savoir si le temps sera assez long pour découvrir le vaste monde qui nous tend les bras.
Mais je ne sais pas si on pourra vivre comme ça, un jour. J'aimerais me lever demain sans l'odeur de rouille et de pourriture, j'aimerais ouvrir les persiennes et voir un monde où la lumière déborde et où les âmes rayonnent. J'aimerais ne voir que du bleu, du blanc ou du jaune. Et plus jamais de rouge, ni de noir.
Mais je ne sais toujours pas, si on pourra vivre comme ça, un jour.
- Non, on n'aura jamais de vie banale. Parce que nous, un jour, on parcourra le monde pour jouer sur des grandes scènes et devant des centaines de gens. On les fera rêver avec nos paroles et nos grands gestes solaires. Des nouveaux soleils, c'est ça, des nouveaux soleils. On brillerait partout, si fort que les autres plisseraient les yeux pour nous voir. Et ça, c'est pas banal.
Je veux y croire tellement fort.
Et pourtant.
  
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PRÉNOM : KEKE
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 10 Mai - 10:20

Nos deux silhouettes sont tournées l’une face à l’autre, baignées de cet halo de lumière si particulier. Je me demande ce que notre public de fantômes pense de notre pièce de théâtre. J’espère qu’on aura droit à une ovation, quelque chose d’immense, qui dure bien dix minutes et où on devra courir sur la scène autant de fois qu’il le faut pour saluer ceux qui nous idolâtrent, courbés face à eux, murmurant des mercis, le visage mangé par le rire.
Je regarde Gio et à cet instant-là, je me sens infiniment calme.
Peut-être parce que ses sourcils se froncent un peu, tourmentés par ma question et que son visage est celui de la réflexion.
Mais moi je ne sais pas si je voudrais d’une autre vie ou si j’en serai capable. Si un jour on me dit on arrête tout, on se barre d’ici, on va aller vivre ailleurs, avec les autres, les gens inintéressants, on va devenir médecin, avocat, professeur, artiste … J’en serai pas capable. Peut-être que j’aime ce que je suis et j’aime ce que je fais. Peut-être que c’est ça qui m’anime, qui me fait me lever le matin, parce que l’envie d’aller vaincre le monde, d’aller terrasser les gentils et de m’imposer avec ma gloire et ma puissance sont des envies bien plus fortes que celle de rester à déprimer au fond de son lit. On m’a jamais vraiment laissé le choix, on m’a secoué les épaules en me disant, bouge ton gros cul Gino, les fainéants n’arrivent à rien. Tu veux être un fainéant, Gino ? Tu veux qu’on te marche dessus ?
Non, Gino est celui qui marche sur les autres.
- Non, on n'aura jamais de vie banale. Parce que nous, un jour, on parcourra le monde pour jouer sur des grandes scènes et devant des centaines de gens. On les fera rêver avec nos paroles et nos grands gestes solaires. Des nouveaux soleils, c'est ça, des nouveaux soleils. On brillerait partout, si fort que les autres plisseraient les yeux pour nous voir. Et ça, c'est pas banal.
Et là, à cet instant précis.
Il se passe quelque chose.
Je me surprends à sourire, sourire en grand. À rêver de cette poussière d’étoile déposée sur nos épaules, aux kilomètres parcourus dans le monde, à nos deux belles trognes gravées sur des affiches, dans les rues et dans les salons. Je rêve à ce public immense, faisant une ovation pour de vrai – et pas à ces pâles fantômes croupissant dans le noir qui puent le rance et la poussière. Je me surprends à imaginer tout ça, car Gino ne rêve jamais.
Gino se moque de ceux qui rêve, de ceux dont les yeux émus brillent car ils imaginent l’impossible et, pire, qui y croient.
Je ris un peu.
Un rire abasourdi, étonné, étrange, déraillé, disloqué. Mais un rire qui se donne un peu à la douceur des rêves et au bonheur d’une vie pareille.
Je me dresse alors sur mes deux jambes et je traverse la scène pour disparaître le rideau. Je prends une profonde inspiration, j’écarte le rideau de mes deux grands bras et je traverse la scène jusqu’à m’arrêter sous le projecteur éblouissant.
Je lance un regard à Gio qui dure une fraction de seconde, puis je fixe le noir.
Le cou tendu vers le vide.
- Vous les avez attendus pendant des mois, ils sont enfin là ! Après avoir traversé l’Europe, les deux plus grands comédiens italiens de ce siècle, j’ai nommé Giosuè Suozzo et Giorgio Salvatici, sont enfin là pour vous dévoiler leur pièce de théâtre absolument louée par la critique. J’aimerais un tonnerre d’applaudissements pour nos deux étoiles montantes, acclamez-les !
J’applaudis moi-même, frappant bien fort dans mes mains.
Le projecteur qui illumine la scène, grésille, s’étouffe un peu puis s’éteint définitivement.
Mon ventre se serre.
De colère et de honte.
Ridicule.
Je serre les poings dans le noir.
Alors ce sera toujours comme ça, hein ? Ramené aux ombres et à l’obscurité. C’est là que les monstres dorment, après tout.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 10 Mai - 15:57

Et pourtant les ombres ne s'effacent jamais.
Les yeux écarquillés, j'observe le corps de Gino qui s'élève à travers le cercle de lumière. Il a l'air divin, il ressemble à ce Christ qui se hissera au ciel un jour, acclamé par des milliers de fidèles qui crient, répètent et s'étouffent avec son nom. Je scanderais son nom au monde entier également si je le pouvais, je débecterais son prénom à chaque instant afin de laisser une trace, rien qu’infime, dans l’histoire de ce vieux monde fatigué.
Je ne l’ai jamais vu sourire de cette manière. Il a une façon de cacher ses dents et de serrer ses zygomatiques qu’à chaque sourire que je décroche, s’amorce en moi un feu de joie qui symbolise ma petite victoire personnelle. Alors je lui réponds d’une manière béate et mes pupilles suivent les mouvements de son corps. Les rideaux se ferment, l’obscurité s’empare un peu plus de nos deux corps. Puis d’un coup, la lumière blanche revient presque miraculeusement. Il est là, planté au milieu de la scène, bercé au milieu d’une douche de lumière qui rend sa peau dorée et son corps étincelant.
- Vous les avez attendus pendant des mois, ils sont enfin là ! Après avoir traversé l’Europe, les deux plus grands comédiens italiens de ce siècle, j’ai nommé Giosuè Suozzo et Giorgio Salvatici, sont enfin là pour vous dévoiler leur pièce de théâtre absolument louée par la critique. J’aimerais un tonnerre d’applaudissements pour nos deux étoiles montantes, acclamez-les !
Les bruits de ses paumes claquent dans le vide et mon rire s'enclenche sans que je ne puisse le contrôler. Je n'ai jamais ri aussi fort. Papa m'a toujours dit de me taire et de me tenir correctement, de parler doucement sans jamais monter là-haut dans les aigus. Les aigus sonnent trop comme le chant des oiseaux, ils symbolisent peut-être le bonheur et la félicité. Mais je ne sais pas trop, je n'ai jamais su ce qu'on mettait derrière ce mot parapluie qu'est le bonheur. Alors d'habitude, ma voix reste médium, comme papa me le rappelle.
Mais cette fois, ma cage thoracique se libère des chaînes qui l'entourent depuis bien trop longtemps. Mon torse se bombe, dégonfle à un rythme que je n'avais encore jamais connu. Les mains de Gino frappent encore, et moi, allongé niaisement sur le parquet, je frappe sur le bois pour agrémenter le vacarme d'un bruit assourdissant, le même que celui des cris d'un public euphorique, des pieds qui tapent le sol et des âmes bavardes.
Gino est beau. Terriblement beau, droit sur ses jambes, la lumière qui l'éblouit, qu'il parvient même à refléter. Il a l'air fier face à un public artificiel et moi aussi, je suis incroyablement fier de le voir se lever et gueuler à la face du monde qu'on est là, que Gino Salvatici et Giosuè Suozzo existent. Qu'il y a deux gosses qui attendent de piétiner le monde, qui attendent d'offrir à la planète dans son entièreté tout ce qu'elle rêvait depuis toujours : la grandeur de deux êtres astraux qui vient embraser les plaines les plus sombres de l'univers.
Et pourtant les ombres, elles, ne s'effacent jamais. Elles reviennent hanter les rêves des gosses. Sans crier gare, elles inondent la pièce d'un obscur voile épais. Le noir revient, la lumière s'éloigne. Il n'y a plus que la chaleur de nos rêves, l'incandescence de nos yeux qui survivent. Un peu. Encore un peu.
Puis plus rien. Le froid revient, il glace nos sangs et rompt nos illusions. Disparues nos velléités. La lumière s'est envolée à la manière d'un moineau qui prend peur quand les gamins les coursent, à notre manière quand, nos pères reviennent avec leurs grands yeux noirs. Je grommèle de colère, la lumière s'est enfuie avec nos fantasmes d'enfants, elle a fait disparaître le grand Gino dans un noir profond.
- Faut voir comment t'es impressionnant aussi.
J'essaye de rire malgré l'angoisse qui s'est installé dans l'obscurité. La lumière doit revenir, le spectacle n'est pas fini. J'attrape ma chaussure, je me soulève puis, dans un infime espoir, je la lance vers le projecteur pour tenter de remédier au faux contact.    


Dernière édition par Giosuè Suozzo le Mar 10 Mai - 16:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 10 Mai - 15:57

Le membre 'Giosuè Suozzo' a effectué l'action suivante : LE HASARD


'HASARD' : 65
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Mar 10 Mai - 20:51

L’extinction des feux brise tout.
Elle brise les explosions de joie, mes mains frappant si fort et les pieds déboussolés de Gio qui font un vacarme pas possible sur les vieilles planches. Mes mains se taisent et se mettent à trembler, comme si elles voulaient pleurer, courir, qu’elles ne se sentaient pas bien – pire, comme si elles avaient peur. Et moi je suis en colère, en colère contre ce public qui ne réagit pas et ce projecteur qui m’a jeté dans l’ombre, dans le caniveau, loin des lumières étincelantes. Pourtant, c’était si bon de goûter au jour, de se jeter avec le cœur et le corps dans la lumière. De pouvoir parler haut et fort, d’être écouté et regardé.
C’était quelque chose.
Mais là, tout ce que je ressens, c’est l’humiliation et l’échec qui s’amusent à faire des nœuds dans mon ventre et je voudrais l’ouvrir ce ventre et défaire ces nœuds pour montrer que ça ne m’atteint pas. Heureusement qu’il y a le noir, finalement. Ainsi Gio ne voit rien, il ne voit pas que je suis touché, triste, écœuré. Il ne voit pas mes failles, qui me rendent fragile et moins crédible lorsque je me dresse si fort et si grand sur mes deux jambes.
Gio émet une espèce de grognement.
- Faut voir comment t’es impressionnant aussi.
J’expire un profond soupir, il tremble lui aussi.
Gio laisse échapper un rire, je sais bien qu’il essaie de détendre l’ambiance, car je dois empester des choses pas belles du tout. Il fait des efforts, c’est honorable.
Mon rire à moi, je l’ai laissé traîné dans la poussière et il grince comme un vieux plancher.
- J’crois que j’pourrais être le roi de l’univers, les lumières continueront de s’éteindre sur moi.
Pour plus voir ma sale gueule de criminel, de vieille raclure, de monstre trop humain. Ah, on en viendrait presque à regretter notre nature ! Peut-être qu’avec un peu plus de tendresse et de gentillesse dans la tête et dans les gestes, il y aurait eu plus de place pour moi au soleil.
Gio fait du bruit à côté de moi, puis j’entends un grand bruit lorsque quelque chose vient percuter le projecteur. La lumière réapparaît un instant, de quoi m’aveugler un peu, je plisse les yeux. La chaussure de Gio retombe sur les planches.
- Eh ben, t’es ingénieux comme garçon.
À cet instant-là, le projecteur s’éteint de nouveau.
Je serre très fort les mâchoires. Je passe mes doigts ballotés de tremblements dans mes cheveux. Je descends de la scène et je frôle les murs en cherchant au passage l’interrupteur. Évidemment, je me cogne contre les bancs, chaque coup étant accompagné d’un juron.
Je trouve la lumière, la salle est de nouveau éclairée.
Je vais m’asseoir sur un banc au fond de la salle et je me grille une cigarette.
- Il commence vraiment à tomber en ruines, ce putain d’immeuble. Mais bon, tu sais bien que j’suis doué pour casser les choses, pas pour les réparer …
La prochaine fois, ce foutu projecteur a plutôt intérêt de fonctionner.
J’aime bien quand tout se passe comme j’en ai envie. C'est ça de vivre comme un roi, dès que le bas-peuple se rebelle, on devient aigri et méchant.

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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Lun 13 Juin - 12:37

La lumière grésille. On aurait dit les éclairs des soirs d'été, là où l'électricité virevolte dans l'air, à travers les grosses gouttes chaudes qui tombent du ciel. Les réponses de Gino viennent remplacer les bourdonnements du tonnerre. Il y a de la rage qui s'échappe de ses lèvres, malgré mes mots béats. Il me donne l'impression qu'une tempête s'est engouffrée dans ses entrailles. Qu'elle s'est faufilée entre ses côtes, qu'elle a bousculé ses organes, ravageant son coeur et même son âme. C'est un gros tourbillon grisâtre qui sévit en lui.
Ma chaussure vient frapper le sol, ça claque dans l'air. La lumière revient. Je souris, j'essaye d'entrevoir les traits de Gino avant que le projecteur disjoncte une nouvelle fois. Je voudrais voir dans ses yeux de nouvelles choses. Des choses que je n'ai jamais vues, ces choses qu'on ne peut voir qu'une fois dans sa vie, quand les éléments s'accordent et quand les circonstances concourent entre elles pour laisser place à ce machin là, qu'on racontera à nos gosses en disant - Un jour, j'ai vu une lumière si belle qu'elle m'a ébloui. Puis on laisserait les gamins l'imaginer, cette chose si jolie que papa a raconté un soir avant d'aller dormir. On allumerait alors dans les yeux des enfants de nouvelles constellations.
Ce sont ces constellations que j'aimerais voir dans les yeux de Gino. Des belles et grosses étoiles, jaunes et blanches, qui dessinent dans ses globes oculaires des formes géométriques. Je m'amuserais à les discerner et à comprendre ce qu'elles représentent. Comme ceux-là, qui rêvent le corps sur l'herbe grasse, le front face au ciel, riant aux éclats face aux objets fantasques que forment les nuages.
Mais ce sont toujours les mêmes constellations que je vois dans ses yeux. Il y a quelques astres précaires parsemés. Mais l'incandescence y est faible, la lumière ne parvient pas à éclairer pleinement les pupilles de Gino. Faudrait-il alors attendre des milliers d'années lumières pour enfin voir son visage s'illuminer ?
Ses mots tristes résonnent et me rappellent que le temps est, bien trop court pour laisser tant d'années s'écouler sans pouvoir profiter de la candeur et de la chaleur de l'âme de Gino.
Le fracas de ses genoux contre les bancs fragiles sont inquiétants. Son ombre dans l'obscurité contribue à rendre l'atmosphère oppressante. Ses bras qui se balancent, ses mèches qui volent dans l'air donnent à son corps une nouvelle structure. Il serait alors le monstre qui se cache sous mon lit la nuit.
La lumière revient et je l'aperçois, là-bas, au fond, les lèvres pincées à l'approche de sa cigarette. Et moi, je me tiens droit sur mes deux cannes, une chaussure en moins, sur la scène baignée dans la lumière. J'ai rarement l'habitude d'être là-haut, d'être le seul qu'on peut voir dans toute cette obscurité qui définit si bien cette damnée ville.  
-  Il commence vraiment à tomber en ruines, ce putain d’immeuble. Mais bon, tu sais bien que j’suis doué pour casser les choses, pas pour les réparer… 
Ses mots ressemblent encore plus à des grognements. Sa voix déraille même un peu. J'ai l'impression, pour la première fois, qu'il est la victime de sa propre existence. Que pour une fois, ce ne sont pas les autres qui vont périr sous les coups de Gino, mais bien Gino qui va s'écrouler sous le poids de son être. Et j'ai encore plus la sensation que les choses se sont inversées, que les rôles ont changé, qu'il est moi et que je suis lui. Que je vais prononcer une tirade de Don Juan et qu'il sera là, à mes pieds, à m'admirer comme moi je l'ai fait plus tôt. Qu'il s'effondrera, tentant de se battre avec le monstre qui sommeille en lui. Et moi, je dirais des jolis mots pour le rassurer.
- Mais on est censé être là pour le maintenir, cet immeuble non ? Même si les murs s'effritent et les lumières s'éteignent, il y aura toujours nos coeurs et nos âmes pour faire vivre l'immeuble, j'en suis sûr.
Mais je ne suis pas tellement sûr d'être crédible, ni tellement bien placé pour dire de telles choses, alors même qu'il y a quelques minutes, j'étais là, la rage au ventre, lui révélant mes faiblesses et mes fissures.
- T'as déjà essayé de les réparer les choses ? De les rendre plus belles après les avoir salies ?   
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MessageSujet: Re: À LA LUMIÈRE DES DIAMANTS (GIO)   Ven 17 Juin - 17:45

La cigarette a un goût immonde.
Ça arrive. Quand je suis tout colère, comme ça, soit elle me fait le plus grand bien du monde, soit elle me rappelle à quel point je suis misérable et à quel point je suis aussi immonde qu’elle. Aujourd’hui, fumer cette cigarette revient à donner un grand coup de crocs dans ma chair, la mastiquer entre mes canines et mes molaires et me rendre compte à quel point je n’ai pas bon goût, à quel point je suis âpre et amer.
- Mais on est censé être là pour le maintenir, cet immeuble, non ? Même si les murs s’effritent et les lumières s’éteignent, il y aura toujours nos cœurs et nos âmes pour faire vivre l’immeuble, j’en suis sûr.
Ma réponse tombe comme une assiette jetée sur le carrelage : je ris et ce rire brûle ma gorge.
Gio ne me connaît pas très bien. Il ne connaît que ma figure sévère et moins austère certains jours, il ne connaît que ma fougue et mes élans de colère, il ne connaît que ce que je lui montre. Il ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur, tout au fond, là, à côté de l’estomac. Il faudrait alors que je prenne une grande paire de ciseaux, quelque chose pour ouvrir ma peau, lui montrer l’intérieur de mon abdomen. Lui dire, regarde, vois-tu un cœur, une âme ? Il y a bien cet organe, qui palpite tranquillement et un peu plus fort les jours de tempête. Mais je peux t’assurer que ce cœur là n’en a rien à faire de cet immeuble-là. Il voudrait d’ailleurs bien le voir tomber en ruine et prendre feu. Et avec ces flammes dévorer tous les ignorants, les idiots qui se croient libres une fois qu’ils en passent la porte.
C’est pas paradoxal, ça, d’ailleurs ?
Elle est où la liberté lorsqu’on est enfermé entre quatre murs, dans une pénombre partielle, loin de la lumière chaude et aveuglante de ce bon vieux soleil ? Pour moi il n’y a pas de liberté lorsqu’on étend les bras pour caresser de vieilles tapisseries qui ne demandent qu’à être arrachées.
- T’as déjà essayé de réparer les choses ? De les rendre plus belles après les avoir salies ?
J’ai les paumes ouvertes sur mes cuisses.
Je les regarde et je fronce les sourcils.
- Tu crois que ces mains-là peuvent réparer quelque chose ?
Je demande.
- Elles peuvent réparer des moteurs, s’atteler à des objets. Mais regarde, tout ce qui touche à l’humain, tout ce qui respire, ce qui vit … Elles cassent. Elles brisent. Elles se salissent. Alors on ne peut pas embellir avec des mains sales, on ne peut que rajouter à la laideur, c’est comme ça. C’est logique.
Ces mains aiment ce qu’elles font.
Elles rougissent quand elles blessent, elles ne se lassent pas de l’effort. Ces mains-là savent mimer la tendresse, savent jouer à l’amour. Mais ces mains-là tremblent souvent, ces mains-là cognent, détruisent, abiment. C’est parce qu’elles ont été éduquées comme ça, elles ont pris des habitudes. Elles ne sont pas forcément bonnes, ces habitudes, mais elles sont là et bien là, ancrées dans les veines et les pores de la peau. Et tout le monde sait bien à quel point il est difficile de se défaire des habitudes, surtout quand celles-ci sont mauvaises.
- De toute façon, la beauté, c’est pas pour moi, c’est pour les artistes, hm ? T’es un artiste, toi, Giosuè ?
Je demande.
Un sourire vient s’amuser à étirer ma bouche.
Je veux bien voir de quoi ça a l’air, moi, le beau. Et comment on fait. Qui sait, ça pourrait peut-être me servir.
Un jour.

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