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 GOOD DAY TO HIDE (JULIA)

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PRÉNOM : KEKE
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DEPUIS QUAND : 08/04/2016

MessageSujet: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Mer 18 Mai - 20:03

Le jour s’est levé, clair et lumineux, sur la ville.
Une main dans la poche, l’autre tenant une cigarette, je me dirige vers le vieil hôtel où j’ai donné rendez-vous à Julia Salucci. Loin de leur maison, loin de la mienne, en plein jour, loin des soupçons. Je marche rapidement, poussé par l’impatience et une espèce de hâte étrange à l’idée de croiser son tendre visage angélique.
Tout ça parce que je me suis lancé un pari un peu fou, osant défier la colère du père et la fureur du frère. Tout ça parce que dans mon sommeil et dans un coin de ma tête j’ai des miettes de rêve, des envies de satisfaire mon égo gourmand au ventre immense.
Je jette ma cigarette sur le goudron déjà réchauffé par les pâles rayons solaires.
Je pousse la porte de l’antre lugubre, froide, humide. Je salue la femme au guichet en lui murmurant que qu’une jeune femme sera attendue dans la chambre et que c’est moi qui règle tout. Elle acquiesce et je lui donne son dû.
Je gravis les marches grinçantes et m’engouffre dans la chambre huit, premier étage, tout au fond à droite.
J’ouvre la porte.
Je découvre alors un décor fade, aux murs jaunis par le temps et par la fumée des cigarettes. Je découvre une tapisserie décollée, une moquette qui a déjà bien vécue et qui présente les stigmates des heures passées. Une salle de bain au carrelage cassé par endroit.
La chambre me fait soupirer d’ennui.
Le lit semble être un terrier où l’on voudrait se cacher pour toujours, loin de la laideur de la pièce.
Je m’approche alors de la fenêtre, faisant glisser le rideau sur sa tringle et ouvrant la fenêtre afin d’apporter un air neuf et chasser l’odeur de rance et de renfermé.
Mon reflet dans le miroir posé là me conforte sur ce que je suis, et ma mère me dirait combien je suis bel homme aujourd’hui.
J’ai la chemise entrouverte sur mon torse pâle pour mieux laisser le soleil – ou Julia - fondre sur ma peau.
Il y a du bruit dans le couloir.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Mer 18 Mai - 21:29


L'aridité solaire agresse d'ores et déjà mon vulnérable épiderme. L'air se pare d'étouffants oripeaux, créant alors une atmosphère écrasante. Le pas quelque peu dansant, je me hâte d'arriver au lieu de rendez-vous qu'est le vieil hôtel, à l'abri de l'indiscrétion, et du contrôle permanent saluccien. Les exhalaisons de l'asphalte me viennent au nez et me font presser le pas. Mais dans le fond, pas tout à fait. La rapidité de ma démarche dissimule en réalité l'ardent désir de retrouver Gino Salvatici.
Giova, elle sait. Elle sait que mon palpitant s'émeut pour ce garçon. Et que ce cœur si puéril et inexpérimenté, risque de connaître ses premières fissures, aussi douloureuses et profondes seront-elles. Mais Giova, elle sera toujours là, pour tenter d'en refermer les moindres plaies, de stopper l'hémorragie.
J'avance, encore et toujours, profanant l'entrée de mes pieds délicats, pénétrant à l'intérieur des lieux desquels je sens à présent le permanent manque d'aération. Un parfum de confinement, reclus et taciturne. Un frisson soudain parcoure l'entièreté de mon enveloppe corporelle. Quelque pas de plus m'amène au guichet, où une dame aux airs tout autant renfrognés que l'air ambiant, m'indique que Gino est déjà là haut. Je ne peux toutefois m'empêcher de percevoir une pointe de désolation dans ce regard épuisé. Cette compassion me serait-elle adressée ?
Je gravis peu à peu les marches de l'impressionnant dédale, sentant mon cœur se nouer un tantinet. Et je n'ai de cesse de parcourir ce couloir à l'allure désastreuse, morne et avachie. Cet hôtel a jadis existé en tant que tel. Dorénavant, il n'est plus que l'ombre de lui même. J'acquiesce pourtant le choix de Gino avec une excitation des plus poignantes. Premier étage, chambre huit, au fond à droite. Réminiscence de l'hôtesse. Et ce cœur qui n'en puis plus de battre comme tel, il m'en ferait presque mal. Je ne suis plus qu'à quelques pas. Je songe à notre première rencontre, à la façon dont avec bravoure il m'avait fait la cour. J'entrevois alors un mince filet luminescent sous la porte de la chambre huit. Telle une lumière providentielle attirant ma pupille férocement avide. Mais de quoi au juste ?
J'entre dans la pièce, ne prenant guère la peine de frapper avant d'entrer. Ces convenances ci sont pour nos parents, et n'ont point à faire office entre nous. Gino resplendit sous le soleil, telle une image sacralisée, un éphèbe aux traits bibliques, diaboliquement magnifique. Aucun mot ne souhaite sortir de mon stupéfait, je garde la bouche fermée et observe attentivement la façon dont la lumière se dépose sur son torse quelque peu dépouillé. Mes pieds m'entraînent un tantinet plus loin dans la chambre où je sens désormais qu'il ne sera plus possible d'en sortir. A moins peut être d'y laisser une offrande, un sacrifice, à cet adonis.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Jeu 19 Mai - 10:13

La porte s’ouvre alors dans un grincement significatif, laissant entrer une personne bien trop pure, bien trop lisse, sûrement bien trop belle pour cet endroit.
Je me tourne alors vers Julia, offrant alors un sourire mince, qui ne fait bouger que les lèvres. Un sourire pas vraiment sincère – mais ça, elle ne le verra pas. Elle transpire de naïveté, d’une candeur étrange qui n’appartient qu’à ceux qu’on a trop protégé, qu’on a mis dans un cocon des années durant. À cet instant elle est seulement en train de découvrir le monde, de batifoler sans se rendre compte de tout ce qu’il y a autour d’elle.
Sans se rendre compte de ce que je suis, moi, envers elle.
Je franchis la maigre distance qui sépare nos deux êtres d’une démarche lente et assurée, une démarche de prédateur, qui avance sans faire des bruits pour ne pas faire fuir sa proie. Julia se tient dans l’obscurité de la chambre, là où les pauvres rayons du soleil ne peuvent pas arriver. Je peste intérieurement car je crois que pour Julia Salucci et Gino Salvatici réunis, il faudrait une pièce inondée de soleil où l’astre flamboyant viendrait marquer à jamais les corps déjà échauffés.
Je voudrais déjà plonger mon visage dans le relief de son cou, humant alors les effluves de sa peau, faisant tomber un à un les tissus qui voilent son épiderme.
- Bonjour, Julia. C’est presque une trop belle journée pour venir s’enfermer ici, non ?
Un autre sourire vient orner mon visage – celui-là est plein de malice.
Je me demande si sa réponse va me donner satisfaction.
Je voudrais qu’elle me dise qu’aucune journée n’est trop belle pour moi.
Est-ce qu’elle sait ce qui l’attend en venant ici ? J’ai la drôle d’impression qu’avec Julia, ça a été un peu facile. Il a suffit d’un peu d’alcool dans son sang, d’un peu de charme dans ma voix, d’en faire un beau mélange, de l’inviter à danser quelques instants.
En un claquement de doigt, ses yeux avaient déjà cette lumière étrange et pourtant si compréhensible.
Ce qui sera moins facile, c’est lorsque son père saura. Parce qu’il en saura quelque chose, c’est certain. Quand elle rentrera chez elle d’un pas dansant, parlant fort et vite, il l’entendra pousser ses petits cris de joie et il se doutera que quelque chose sera arrivé. À ce moment-là, il fera le lien avec la soirée de la dernière fois, de mes mains chastement posées sur sa fille le temps d’un corps à corps agrémenté de musique.
Mes yeux mangent son visage tout entier, s’y noie presque.
Elle a des airs de reine, vraiment.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Ven 20 Mai - 23:36


Le cygne au beau milieu de la vase, l’ingénue virginale foulant la crasse environnante. Le sourire concis de Gino me renvoie à ma nature puérile. La femme enfant, délicate, à peine sur le point d’éclore dans sa robe aux nuances printanières. Ne sachant point en quoi les plaisirs exigus de la chair constituent, qu’il a l’air lui, de pourtant bien connaître. A en observer sa démarche féline, son pas presque duveteux sur le sol poussiéreux, je sais qu’il n’en est pas à sa première prise. Un certain appétit l’anime, j’en entendrais presque les gargouillements de là où je me tiens, statique, comme attendant quelque chose de particulier. Je n’oserais me l’avouer, et pourtant il faut bien le reconnaître, je ne souhaite rien de plus en ce moment que son épiderme frôle le mien. Qu’ils entrent en contact, dans un choc des plus tumultueux, libérant des chimères de gamine enfouis au plus profond de mon être, au fin fond d’une boîte. De celle qui recèle des choses des plus inavouées, ces sentiments prudes et confus qu’il m’est impossible de dévoiler à quiconque, ces images fantasmées de cette première fois que je persiste à garder tant elles me sont honteuses. Et pourtant, elles ressurgissent en cet instant où je perçois une véhémente et ardente vague qui embourbe mes membres. Une chaleur des plus impétueuses, qui me rend toute chose. Gino n’a de cesse de s’approcher tandis que je me morfonds dans la partie obscure de la chambre, où l’on ne voit guère la poussière danser. Cette réciprocité est si ambivalente. J’ai cette impression de fondre, dans un sentiment délicieux que j’imagine être le désir. Néanmoins, je décèle en cette promiscuité quelque chose de dangereux. N’est-ce pas cela l’adrénaline ? Piment de l’existence. Alors je laisse Gino s’approcher, encore et encore, ses mots me parvenant alors au travers de son regard pétillant. Tu n’en connais que trop bien les raisons Gino. Je dois d’ailleurs souligner ton goût pour les cachettes. Certaines parties de mon corps ne peuvent s’empêcher de défaillir, sentant à présent mon intimité s’échauffer à la simple pensée des instants passés. Cela me fait presque mal. Mon souffle commençant à se faire court alors qu’il ne m’a guère encore touché, me donnerait presque le vertige. Est-ce vraiment cela l’amour ? Ce n’est pas si agréable que ce qu’en dit l’imaginaire collectif. Je comprends soudainement bien mieux Giova, elle qui me raconte que c’est peine perdue et que si elle avait pu auparavant, elle s’en serait privé. Le visage de Gino soudainement se pare d’ombre, n’étant désormais plus qu’à seulement quelques centimètres du mien. Une distance des plus abominables. Et la porte se refermant derrière nous, comme si nous étions tout à coup condamnés à un certain sort. J’en tremble presque. Mes yeux s’immergent alors dans ses abysses, tentant néanmoins de ne pas trop m’y noyer. Papa n’est guère présent pour m’écarter du naufrage. Ni Raffaele. Ni Giova. Je suis dès à présent seule et une légère appréhension vient me ronger les sangs.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Sam 21 Mai - 12:58

Il faudra donc revêtir un nouveau masque – celui-ci, je n’ai pas l’habitude de le porter. En vérité, je ne le porte qu’avec Julia, une seconde peau un peu étrange, qui me pousse hors de ma zone de confort. Il va falloir être délicat et prévenant, il va falloir se transformer en un amant tendre avec des gestes qui ressemblent presque à ceux de l’amour. Il va falloir éteindre les flammes voraces et dangereuses pour un feu plus doux – un feu de cheminée, par exemple, où l’on vient s’asseoir avec une couverture sur les genoux.
Hors de question de la blesser.
Pas aujourd’hui.
- Tu n’en connais que trop bien les raisons, Gino. Je dois d’ailleurs souligner ton goût pour les cachettes.
Je voudrais l’entendre me dire ces fameuses raisons, dans un soupir hâtif, qui me dirait arrêtons de parler, Gino. Mon visage se fend d’un sourire à l’évocation de mon goût pour les cachettes. Je ne réponds rien, je n’ai plus la patience de parler.
Voilà trop longtemps que j’attends cet instant.
Je perçois néanmoins la tension de Julia, elle électrise l’air, le rend plus insoutenable encore. Aujourd’hui je compte bien lui montrer que la réputation de Giorgio Salvatici n’est qu’un mythe et que je suis capable d’un peu d’or au bout des doigts, que je peux faire autre chose que cogner sur les épidermes et laisser des bleus et des coupures sanguinolentes.
La porte s’est refermée derrière nous dans son affreux grincement.
Nous voilà alors perché dans cette chambre insalubre, au bord du ciel, cachés des rayons du soleil, dans cette ambiance chaude et sombre.
Son œil vert se mêle au mien et je casse ce lien invisible en fermant mes deux paupières parce que mon visage s’approche du sien. Ma paume, forte, s’empare de sa joue et mon pouce se pose sur la tempe. Je l’embrasse alors – je sens la fièvre et l’empressement alourdir mes membres uns à uns et je voudrais me précipiter contre elle, dévorant sa peau comme un affamé.
Non.
Non, Gino.
Je me rappelle alors d’à quel point elle est pure et que c’est sûrement la première fois qu’elle voit un garçon d’aussi près. Ma main qui est libre vient se poser dans son dos et je la serre contre moi pour prolonger l’étreinte qui dure alors un peu longtemps.
Julia a une odeur incroyable.
Qui vient un peu d’un autre monde, qui ne semble pas connaître l’horreur des rues, le sang, la rouille et les armes.
Elle semble si fragile entre mes doigts.
Il me suffirait de serrer un peu fort pour qu’elle se casse en deux, c’est certain. J’éloigne alors mon visage pour voir si elle est toujours là, bien avec moi.
J’apprécie sa naïveté.
J’apprécie qu’elle ne comprenne pas l’océan d’arrière-pensées qui repose dans mes yeux.
J’aime son incompréhension et sa dévotion qui ne pose pas de question. J’aime qu’elle se donne sagement comme attirée par le vide, sautant alors à pieds joints dans un trou, précipitant sa chute.
Mon pouce caresse un peu sa tempe.
Mes gestes mentent, eux aussi.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Sam 21 Mai - 15:12


Une profonde angoisse me pénètre la chair, de celle qui me dévorait les os jadis lorsque je perdis ma mère. Les nausées réapparaissent, une phobie soudaine de l’inconnu, une peur inconsidérée de trébucher dans ses méandres à lui. De m’éclater en une multitude de bribes, des milliers de fragments écartelés sur le sol où autrefois le sang s’est déversé. Laisser derrière moi mon innocence. Cette dernière bat l’air de ses tendres mains, mouvement absurde tant il ne me sert à rien. Je l’entrevois s’éloigner, prendre de la distance, me suppliant de ne pas céder. Elle hurle désormais, d’un cri déchirant, pourfendant l’atmosphère, sanglotant, les joues inondées de larmes chaudes. Tu t’es déjà égarée, ne va pas encore te défaire plus que tu ne l’es déjà, s’égosille t-elle. J’ignore quoi faire en réalité. Et ses sourires qui n’ont de cesse de me faire chavirer. Ma barque prendra bientôt l’eau, et je ne pourrais alors rien mettre en œuvre pour la garder en surface. Elle coulera, comme toutes mes espérances ont sombrées auparavant. L’air ambiant s’appauvrit en oxygène et j’ai l’impression d’étouffer dans cette autre prison dont les murs se rapprochent inexorablement, prêts à nous écraser. La distance entre le visage de Gino et le mien est infime. Je sens d’ores et déjà sa respiration chaude, des inspirations entrecoupées d’avides halètements. Nos yeux se frôlent à nouveau tandis que sa main vient se déposer avec fermeté sur la peau de mon visage. Une larme affligeante se précipite hors de ma glande lacrymale droite, où les extrémités de Gino se sont apposées. La tension se mue au travers de tout de mon être, rigidifiant ainsi le moindre de mes membres. Tandis qu’en face, je perçois une chaleur toute autre que celle du soleil. Le corps de Gino s’échauffe et m’enveloppe de son aridité soudaine. Son autre paume vient s’établir en le creux de mon dos, non loin de ma chute de rein. Il me ramène à lui, comme pressentant presque mon irrésistible envie de déguerpir. Derrière mon angoisse se construit pourtant l’excitation, un désir que je n’avais jamais entrevu en moi. Les images folles me reviennent, mélange entre suavité, fermeté et violence. Et mon corps s’exalte lui aussi, tandis qu’il m’embrasse encore. Ma main vient attraper sa chevelure, ma respiration se saccade alors que je prends une longue inspiration, tout en gardant mes lèvres accolées aux siennes. Gino vient briser l’alchimie, s’ôtant de mon visage comme on viendrait retirer la tétine de la bouche d’un bambin. Ce moment est trop dur. Le pourpre me monte aux joues, et dans un embarras considérable, je ne sais où poser le regard. Je tourne la tête, la baisse et dans un malencontreux rire, efface de la phalange la délicate larme que je sentais poindre sur le gras de ma joue. Ses mains persistent alors à frôler ma peau, comme si d’un geste tendre, ce dernier cherchait à me consoler. Terriblement confuse que je suis, j’ose à peine lever les yeux vers lui. Et dans un souffle intime, mes pupilles viennent transpercer les siennes. Je ne sais pas quoi faire. L’angoisse s’est quelque peu désagrégée mais il persiste au plus profond de moi un doute. Innocence est là, et m’observe. Ses yeux d’enfants n’ont de cesse de me dévisager. Un œil jeté par-dessus l’épaule de Gino, je regarde avec désolation cette dernière que je tente néanmoins de quitter, pénible et saisissant adieu.

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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Sam 21 Mai - 19:21

Je sens ses doigts fins et discrets venir se perdre dans l’océan brun de ma chevelure. Elle s’y accroche comme on s’accroche à un objet flottant lors d’un naufrage.
Lorsque je la regarde, ses joues ont pris cette couleur si caractéristique de sa personne. Ce rose aux joues qui me dit qu’elle est gênée, peut-être un peu essoufflée par l’étreinte de nos lèvres. J’aperçois alors une grosse goutte salée rouler sur sa joue. Cela me fait un peu froncer des sourcils – je suis un peu étonné. Je ne sais pas comment réagir face aux larmes alors je ne fais ni ne dis rien et c’est finalement Julia qui vient chasser cette petite larmichette. Son regard est posé partout sauf sur moi.
Elle me donne l’impression d’être trop imposant pour elle – enfin, de l’impressionner.
Elle semble ramasser ses dernières miettes de courage pour oser me regarder.
Je lui souris pour lui dire, ça va bien se passer, ne t’inquiètes pas.
Je décide d’interrompre ce contact visuel qui dure depuis bien trop longtemps, sinon je crois qu’elle va fondre dans mes bras et disparaître sous terre. Je l’embrasse encore et couvre son cou et sa clavicule de petits baisers succincts. Ma main, celle qui couvre son dos, remonte entre les deux omoplates et cherche la fermeture éclair. Je la descends lentement.
Elle est emprisonnée dans mes bras.
Je ne sais même pas si elle a toujours envie de le faire, mais à cet instant précis, je m’en fous. Le feu qui allumait mon regard allume à présent mon bas-ventre et mon corps ne ment certainement pas à Julia. Il lui dit par ses raideurs et ses contractures mes intentions les plus profondes. Je laisse échapper des soupirs brefs et légers, ils s’échouent sur son épiderme comme les vagues meurent sur la plage.
- Tu me fais confiance ?
Je murmure, la bouche collée contre son oreille.
Je découvre alors peu à peu ses épaules, puis je fais glisser le tissu encore un peu plus. Mes paumes sur sa taille éveillent un frisson le long de mon échine. Encore une fois, je ne me reconnais pas dans mon attitude envers elle. Je ne me croyais pas capable de cette lenteur, de cette prévention dans les gestes. J’aurai pu perdre déjà patience, la précipiter dans les draps et me contenter d’assouvir mon besoin de chair.
Je crois que je n’ai pas envie de gâcher cet instant.
Je me contente de faire glisser mes paumes sur le maigre relief de son corps.
Pour faire grandir son feu à elle et que son corps me donne sa permission. Je bouillonne un peu dans mes vêtements. Je pose mon front contre le sien et je ferme les yeux, pour ne pas déraper, pour ne pas me transformer comme un animal – comme déjà il m’est arrivé, avec d’autres. Je ne veux pas lui faire peur non plus, alors que je suis si près du but, si près d’obtenir ce que je veux.
Je l’obtiendrai de toute façon.
Même si elle me dit non.
Même si elle me dit qu'elle na plus envie.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Dim 22 Mai - 0:51

Un rictus s’empare de mon visage, déformant ce dernier dans une moue peu ragoutante. Je viens de m’apercevoir qu’Innocence a soudainement pris les traits de ma défunte mère et parle avec l’intonation de Giova. Cette figure prend alors des aspects terrifiants, qui à l’instar de me rassurer un tant soit peu, ne fait que me terroriser.
Je vais perdre ma virginité dans cette chambre d’hôtel, avec Gino Salvatici. Mêler ma chair à la sienne. Humer ses fluides. Toucher sa peau. Peut être souffrir. Je crois bien que oui, je vais avoir mal. Je vais me déchirer de l’intérieur, probablement saigner, répandre ma naïveté sur ce sol archaïque comme on déverserait du sel sur la neige pour la faire disparaître. Qui effacera la douleur ? Le sourire de Gino a pour effet de me tranquilliser un brin. J’ignore s’il sait. Je ne sais pas comment tout cela marche. J’imagine qu’il faut y aller de manière instinctive, avec douceur. Il n’y a pas qu’une façon de faire l’amour, mais j’espère que Gino honorera cette première fois. Je ne veux pas qu’elle soit gâchée.
Ses lèvres persistent à éteindre les miennes. Statiques, elles vont et viennent dans ma nuque, qui, prise de frissons, se délecte de ses caresses quelque peu humides. Les extrémités de Gino glissent dans mon dos, cherchant à faire tomber le voile. Une énième appréhension vient me hanter. Aucun homme ne m’a jamais vu nue. Et je n’ai guère à mon tour vu d’homme nu de toute mon existence. Enfin, pas avec une telle proximité. Les membres des statues grecques et romaines antiques sont souvent minimes, dissimulées sous des amas de poils façonnés, ou tout simplement brisés par le temps iconoclaste. Je conçois que l’organe de Gino ne soit pas comme tel, en réalité, je ne sais guère à quoi m’attendre et pour tout avouer, j’ai peur de me retrouver face à cet inconnu. Le souffle chaud s’abat sur ma peau. Les lèvres entrouvertes, la tête quelque peu repoussée en arrière, je le laisse faire. Tout comme il ôte délicatement toute couche de superflu, mettant à découvert mes plus précieux trésors. Non, je n’avais guère amené de soutien gorge en cette journée de grande chaleur. Mes extrémités avancent vers lui, dans lesquelles je décèle une excitation naissante. Gino se raidit face à moi, je peux le sentir quand mon corps se retrouve face à sa contraction. Un léger signe de tête en guise d’approbation, et il persiste à dévoiler ma chair, encore et encore. Mon être entier est prêt à défaillir, pris de soubresauts légers et tressaillements délicieux. Sa suavité me régale et me surprend, je ne pensais pas qu’il en serait ainsi. Que ce contact soit si agréable. Et j’éprouve l’envie qu’il continue, qu’il me serre encore, que ses caresses persistent et que ses baisers me dévorent. Mon corps s’embrase peu à peu, dans un échauffement des plus délectables. La robe tombe au sol, s’abattant sur mes pieds, vestige de mon masque corporel. Encore quelques détails, et je serais à découvert. Nos visages s’effleurent et se touchent, et mes mains s’en vont explorer son torse, déboutonnant un à un le moindre obstacle d’un geste gracieux. La conquête de l’autre, le contact épidermique, je souhaite en savourer la moindre parcelle. Alors je m’avance un peu plus et dépose avec finesse de tendres caresses sur la naissance de sa poitrine, remontant avec lascivité le long de sa clavicule en passant néanmoins par son cou, depuis duquel je peux entendre son rythme cardiaque effréné. Mes mains vont retrouver ses cheveux, dans lesquels je laisse glisser mes doigts fins, le ramenant alors à ma bouche pour y échanger quelques autres caresses.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Dim 22 Mai - 15:41

Un hochement de tête de sa part, minime, me donne comme le feu vert. Son vêtement s’échoue alors au sol et je me réjouis de sentir la courbe de ses seins contre moi. Notre étreinte semble être devenue l’éternité. La passion et l’envie qui font un peu trembler mes mains sont vite tempérées par la volonté de bien faire.
Julia s’attèle alors à défaire ma chemise qui vient rejoindre sa robe sur la moquette sale. Sa bouche vient enfin chérir mon épiderme, du torse en passant par le relief de l’os. Je demeure un peu surpris mais pas insatisfait. C’est qu’aucune fille au monde ne m’a traité avec cette délicatesse, et cette envie de bien faire, avec justesse. Je crois que c’est parce que pour une fois, peut-être la première fois, je prends le temps de faire les choses avec ma tête et je me dis qu’il ne faut vraiment pas que je l’abîme, que je la brise, qu’elle se souvienne de cet instant-là comme le pire de tous.
C’est dans mon intérêt.
Ses mains viennent de nouveau se perdre dans mes cheveux, moi je n’ai de cesse d’embrasser son visage et de découvrir son corps avec les yeux fermés et seulement avec mes mains, curieuses et avides. Puis mes paumes viennent encadrer ses joues encore un peu rondes et pâles. J’ouvre les yeux pour la regarder. Ses prunelles flamboient et ce n’est plus de la peur.
Cette fois ce n’est plus de la peur.
J’en suis certain.
Je me sens ivre, presque hébété et attendri par ce flots de caresses que je n’ai pas l’habitude de recevoir – et encore moins l’habitude de donner.
J’attire alors Julia avec moi, je l’emmène dans une démarche lente, presque mal assurée. Puis je l’étends sur le lit, tout doucement, avec des gestes qui ne sont pas miens et pourtant je me surprends à ne pas trop mal me débrouiller dans le domaine de la délicatesse. La bête qui sommeille au fond de moi doit être en train de rire de ma personne. Je souhaite qu’elle reste endormie pour le moment.
J’embrasse alors Julia, entre ses seins et sur son ventre plat.
Je découvre alors son nombril, ses hanches étroites. Elle me semble être un pays où pas un seul homme n’a posé un pied. Je me réjouis d’être le premier à qui elle confiera son être. Je retire alors ce qui masque l’objet de mon désir et j’achève de me dévêtir.
Je me demande un peu ce qu’il se passe dans la tête de Julia à cet instant là.
J’imagine que la peur est revenue lui pincer l’estomac.
Ma main effleure sa cuisse et je retrouve ses lèvres.
Une tempête furieuse ébranle mon ventre et se répand dans mon corps tout entier qui se contracte contre celui de Julia. Ma respiration s’accélère alors un peu et mes mains se perdent dans sa chevelure dorée alors que je prends possession de son corps. Un sourire fleurit au coin de ma bouche – il est un peu victorieux, un peu fier.
Je me bats un peu contre ma nature d’homme pour rester correct et me confiner dans cet écrin de douceur, veillant à ne pas dépasser certaines limites.
Le temps semble s’être arrêté et la fenêtre ouverte sur nos corps dénudés laisse passer un soleil curieux mais pas assez téméraire pour s’inviter dans la chambre.
Mon visage disparait dans son cou, sa peau est un peu moite. Je ne me lasse pas de respirer son parfum si particulier, continuant de l’embrasser et d’effleurer son épiderme avec mon nez. Ma bouche entrouverte laisse échapper des soupirs profonds qui traduisent la satisfaction d’un besoin primaire.
Je me redresse alors, saisissant l’éclat si particulier de son œil. Elle est belle, Julia et elle est délicate. C’est probablement mon trophée le plus cher, une prise prestigieuse qui gonfle ma poitrine d’une fierté sans pareille.

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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Lun 23 Mai - 0:06


La bouche de Gino est des plus généreuses, parcourant le moindre de mes pores, explorant mon enveloppe sous toutes ses coutures, se perdant dans ma fragrance. Le toucher est notre sens le plus archaïque tandis que notre peau constitue notre plus grand organe. Les paupières closes, j’envierais presque en cet instant les personnes atteintes de cécité. Avec les mains on se repère, on tâte, on observe, on prospecte, on ressent. Les sensations n’en sont que plus décuplées. Et quand bien même, toucher ainsi pour la première fois le corps d’un homme me rappelle inexorablement à ce ressenti éprouvé lorsque l’on est privé de la vue. Une expérience somptueuse débute, dans laquelle mon palpitant s’emballe et dont le rythme s’accélère un brin. Si je ne le modère pas, je vais le retrouver sous peu au sol, s’étouffant dans la crasse à la recherche désespérée d’air pur. Mais avant de pouvoir se délecter de quelques bouffées, il faudra que le parfum de nos odeurs corporelles mêlées s’estompe. J’en sens déjà poindre la venue, exhalaison de sueur et de phéromones. Une fragrance que je ne connaissais guère mais qui n’est pas pour me déplaire.
Gino n’a de cesse de visiter mon corps, goûtant avec délectation ses fruits à peine mûrs, ouvrant des portes restées fermées à double tour jusque maintenant. Il passe au travers de cloisons sans toutefois les malmener, sa suavité n’a d’égale que son raffinement et je me sens fondre en d’exquises vagues de désir. Un énième regard échangé dans un instant sempiternel, une connivence charnelle. Et il m’amène à lui, dans un geste des plus équivoques, me demandant sans un seul mot de le suivre jusqu’à la couche, berceau de notre fusion avenante, un moment que je pressens sublime. Rien de ce que j’imaginais dans ma tendre adolescence ne ressemble à ces images fabriquées de toute pièce, façonnées avec la naïveté la plus virginale. Nous nous retrouvons au beau milieu des draps où nos épidermes prennent place, se logeant avec délicatesse, laissant comme des archives de nos corps de plus en plus échaudés. Gino poursuit son exploration, s’enfouit dans des contrées vulnérables, où monts, vallées et collines l’accueillent. Puits de désir, montagnes à gravir, mont de vénus qui, avec lenteur, il découvre en ôtant dès lors toute frontière. J’espère un tant soit peu que Gino se plaît à se balader dans ce paysage. Il est le premier. Ca me fait tout drôle. A son tour désormais de se mettre à nu, chair exposée à ma vue, son membre vigoureux trônant fièrement, dressé non loin de moi. A l’observer ainsi, j’entrevois de nouveau l’affliction du déchirement. Puis je ressens sa peau, elle m’effleure et me caresse, que cette enveloppe est douce. La chaleur gronde ici bas, tandis que mes rivières s’engorgent. Je m’empare de son cou, je le désire tout contre moi, afin qu’il ne voit guère mon visage grimaçant, savourant ses lèvres une fois de plus. Le souffle saccadé, de plus en plus haletant, Gino fait sauter les derniers verrous mis en place, pénétrant à l’intérieur de mon antre qui jadis était sacrée. L’effarement, ma bouche s’entrouvre sous l’effet de la stupeur mais aucun son ne jaillit de mes cordes vocales qui comme paralysées, ne souhaitent alors guère s’exprimer. J’enfouis ma tête dans les draps, mes doigts s’enfonçant avec fermeté dans la chair de son dos. Mon corps entier se contracte, aspiré par le mouvement qu’opère Gino. La douleur se fait sentir et mes yeux se mettent à fixer le plafond jaunâtre quand il trouve néanmoins refuge au fin fond de ma nuque. Aucun son, plus rien ne s’échappe de mon stupéfait anesthésie. Mes paupières se ferment un instant, laissant l’occasion à une tendre larme de couler sur ma joue. Gino se relève quelque peu, maintenant toutefois la cadence qu’il a instauré. Je ne désire pas qu’il me voit, même le soleil a jugé bon de s’éclipser. Je tente alors de me tourner, lui faisant comprendre que j’ai l’envie de permuter. Peu m’importe, tant que je ne vois plus ses yeux. La confusion a pris une place importante au fin fond de mon être. Je ne ressens que peu de plaisir lorsqu’il est en moi. J’imagine que cela est normal, que c’est la nature d’un premier rapport. Mais au fond j’ai honte. Et je culpabilise qu’il me voit ainsi, vulnérable au plus haut point.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Lun 23 Mai - 9:00

Cependant, le visage de Julia ne subit pas le même ravissement que le mien. Son visage se tourne, évitant bien volontairement mes yeux sombres et allumés. Je crois apercevoir une perle salée freiner sa course sur la rondeur de sa joue pour venir s’écraser dans les draps en coton. Je reste de marbre face à sa faiblesse. Je ne ressens pas la moindre compassion pour elle. Je ne compte pas non plus m’arrêter là, je n’en ai pas terminé avec nos deux corps enlacés. Non, je ne vais pas me détacher d’elle sous prétexte qu’elle ne trouve pas l’acte agréable.
Mon corps agité par monstre furieux a encore faim.
Néanmoins je respecte sa décision de ne pas vouloir affronter mon visage et de détourner l’œil pendant quelques instants. Je suis persuadé que dans un avenir très proche nous serons encore amenés à se voir d’aussi près.
Ma respiration se fait plus haletante, perturbée par l’effort fournit par mon corps. J’accélère alors un peu le rythme, pour en finir plus vite et abréger l’instant. Je laisse échapper comme un râle court et sourd qui semble être celui d’une bête plus que celui d’un homme. Je suis alors rassasié, repu de la chair de Julia pour quelques instants. Après le râle vient le soupir, plus léger et plus long.
Je me défais de son enveloppe corporelle et je m’étends sur le dos, à côté d’elle.
Mon œil fixe le plafond.
Un silence qui a le goût de la gêne vient s’immiscer entre nous. Je n’aime pas ce silence. Normalement je me contente de me lever, d’aller prendre une douche, de me rhabiller et de partir. Mais si je fais ça, elle se dira, quel genre de monstre est-il ? Appartient-il vraiment à l’espèce humaine ? Y a-t-il un cœur qui se soucie de quoi que ce soit au fond de cette poitrine ? Mais je n’aime pas l’instant qui suit l’effort. Je ne sais jamais que dire, que faire. On ne m’a pas appris. Je n’ai jamais eu les tripes ébranlées par une fille – sauf quand il s’agissait de la courbure d’un corps.
Je me retourne alors vers elle et ma main s’empare de sa joue. Je la regarde – sur sa joue demeure la trace salée laissée par sa larme. Je ne l’essuie pas. Je me contente d’embrasser ses lèvres, comme pour lui dire, tu vois, c’était pas si terrible.
Au moins Julia se rendra compte de l’immondice qu’est notre ville et qu’ici tout commence dans le sang et les larmes. Même les prémices de ce qu’elle pourrait appeler l’amour. Elle devra bien comprendre un jour que les films, les histoires et ses rêves ne sont que fiction et souhaits irréalisés. Ici il n’y a pas de place pour les rêvasseries. Ici il n’y a que le soleil brûlant et l’odeur de rouille.
C’est tout ce qu’il y a ici.
Julia aurait pu tomber sur un homme tout autre que moi, un homme malintentionné et stupide. Elle a eu la chance de tomber sur un homme seulement malintentionné à qui il lui est permis de penser avec la tête. Elle aurait pu passer un réel instant de torture au milieu de ces draps, à pleurer dans la chaleur, écrasée sous la lourdeur d’un autre homme sans que ce dernier n’apaise ou ne mette un terme à la douleur.
J’ai été généreux pour cette fois-là.
Je ne l’ai pas malmenée, je ne l’ai pas forcée. J’ai joué à l’amant tendre et presque aimant, embrassant chaque recoin de son corps pour la détendre avant l’effort, pour lui rendre la tâche plus aisée. Moi, je tire la satisfaction et la fierté d’avoir remporté ce pari lancé à moi-même, couplé avec la satisfaction d’avoir tiré mon coup, qui plus est avec une jolie fille dont un sang noble coule dans les veines.
Pas comme cette à moitié bridée de Chiyo ou cette raclure répugnante de Luca.
Je me lève ensuite, attrapant une cigarette et l’allumant. Son goût est rendu déplaisant à cause de l’aridité de ma gorge. Mon autre main vient distraitement effleurer la cuisse imberbe de Julia. Juste comme ça, pour le plaisir de percevoir sa peau nue et ferme contre mes doigts.
Mes sourcils sont un peu froncés et mon regard fixe le vide. Je me demande si après ça, Julia me détestera. Je me demande si elle voudra encore de moi. Car moi c’est certain, je voudrais encore d’elle. Malgré Raffaele, malgré Paolo, malgré tous les gardes du corps qui la surprotègent. Je voudrais encore me donner contre son enveloppe charnelle si pâle et l’allumer de désir et la faire rougir à cause de l’effort.
Julia, aide-moi à rompre le silence.

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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Lun 23 Mai - 21:23


Ma crispation redoublant, je préfère alors dissimuler mon visage au creux des draps imprégnés de nos fluides corporels. Attendre que le coït s’achève, serrer la mâchoire et fermer les yeux, me permettant un tant soient peu de m’évader, le temps que Gino marque l’arrêt. Ses gémissements gutturaux me font frémir quelque peu, non pas de plaisir mais d’une peur presque absurde. Elle est viscérale, tout comme ce désir ardent qu’il cesse ses va et vient, ces douloureux allers et retours dans le tréfonds de mon intimité. Cette dernière me brûle, dans un embrasement qui me consume de l’intérieur. Gino force le passage malgré l’affliction qui me noue. J’ignore si je recommencerais par la suite, j’aurais sûrement préféré demeurer vierge. Son corps n’a de cesse de s’allumer en moi, trouvant en mon antre une cadence effrénée. Je pressens la fin dans les mouvements de Gino, ce dernier s’impatiente et (s’)achève dans un soupir des plus interminables. La pupille fixée sur la table de chevet aux coins cabossés, je sens son organe s’extraire, me quitter. Je ramène un tantinet mes jambes à moi, lui excluant la vue de mon sexe dans lequel je sens battre mon palpitant. J’expire. Je suis soudainement libérée et pourtant, il m’est difficile de m’en rendre compte. Abasourdie, stupéfaite, immobile. Gino s’allonge à mes côtés, l’air vidé, non seulement de son essence mais aussi de toute émotion. Un certain mutisme prend place au sein de la chambre, remplaçant les souffles et respirations saccadées, muées par l’excitation et l’appétit charnel. Ce silence est terriblement embarrassant. Je tourne la tête et visionne par-dessus le torse de mon amant la figure d’Innocence. Elle n’a guère quitté la pièce depuis que je l’ai entrevu. Cette dernière s’est liquéfiée, n’est plus que larmes chaudes et me montre d’un doigt réprobateur, duquel je sens toute la déception. Elle me crie de partir, de détaler sans un mot, sans même un souffle pour celui qui a osé. Il t’a déchiré, t’a bafoué, t’a souillé, comment oses tu rester auprès de cette immondice ? Fut un temps, j’éprouvais de l’affection pour elle. Mais aujourd’hui, elle me fait peur. Bien plus que les râles profonds de Gino. Mon visage se contracte à nouveau et se détourne de cette vision. Ses doigts viennent alors se balader avec tendresse sur ma joue, me dirigeant lentement à lui afin de déposer un autre baiser sur mes lippes charnues. Se rendrait-il compte de mon désarroi pour qu’il me touche ainsi ? La caresse de ses lèvres a un goût des plus amers. Rien de ce qui vient de se produire ne faisait partie de mes espérances. J’avais eu connaissance de la douleur, mais pas de celle-ci, doublée d’une honte déchirant mes entrailles. L’ardente brûlure en est la preuve. Mon corps culpabilise. Mais ne serait-ce pas le produit de ces prémices ?
Je me redresse sur mon séant, tournant le dos à Gino, m’asseyant au bord du lit. Les mains appuyées, enfoncées dans les draps, je regarde le sol d’un œil déserté par l’existence. Ce fut le moment le plus étrange de toute ma courte vie. Il me faudra du temps, sûrement. Le cœur lourd et la pensée maussade. Des doigts doucereux venant frôler mon épiderme sali. Il se redresse, cigarette aux lèvres, dans son plus simple appareil. L’éphèbe aux traits délicats à la fois sombres, tendres, aimants et fermes. Hébétée que je suis, je persiste à fixer l’air impalpable, tiraillée entre l’irrémédiable envie de m’enfuir et celle de rester, pour lui. Ce qu’il vient de se passer est-il si trivial ? J’ai du mal à comprendre l’idée de plaisir dans cet acte. Les filles jouissent-elles avec leurs clients ? Ou alors sont-elles aussi statiques, dénuées de ressenti ? Le silence persiste et se prolonge, mon œsophage se tarit et me fait mal. J’entends le briquet lui offrir sa flamme, faisant crépiter sa nouvelle amante. J’en serais presque à la jalouser en cet instant. Je me redresse d’un bond et me colle furtivement à lui, ma main allant trouver son pelvis qu’elle explore du bout des doigts tandis que mon autre main s’en va trouver sa cigarette. Je la lui arrache, la coinçant entre mes lèvres et me dirige d’un pas presque dansant vers la fenêtre. Dans un sourire néanmoins enfantin, je m’exclame envers lui. Tu m’as pris quelque chose, alors je fais de même. Tout en me retournant, me retrouvant face à lui. Afin qu’il puisse mieux m’admirer, me désirer. Mon visage se défait de toute ingénuité, prenant des airs de femme. Je ne suis plus une enfant désormais. Face au soleil aride, la scène prendrait presque l’allure d’un Blake. Luminescent, mystique. Le grand Dragon Rouge et la femme habillée par le soleil. Gino serait-il ce monstre se tenant face à moi, de manière magistrale prêt à m’engloutir de son vorace appétit ? Ou serait-ce ce qu’on appelle plus communément une preuve d’amour ?

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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Lun 23 Mai - 22:47

Le silence est roi ici. Il est à peine troublé par les bouffées âcres que je libère dans la chambre et par la respiration lente et mesurée de Julia. Celle-ci, rapidement, se retourne et vient se lover contre moi un bref instant. Son mouvement brusque me fait légèrement tressaillir et je tressaille d’autant plus lorsque je sens sa main s’aventurer au bas du ventre. L’autre main me vole ma cigarette. Je n’ai pas le temps de protester qu’elle est déjà évadée des draps, biche agile.
- Tu m’as pris quelque chose, alors je fais de même.
Elle se tient alors devant la fenêtre et le soleil se déverse en cascade de rayons chauds sur sa peau blême. Je me redresse alors, l’œil aimanté. Ce même œil glisse sur l’enveloppe charnelle de Julia. Ce corps semble alors prêt à éclore et à devenir féminin. Ses cheveux dorés sont ternis et emmêlés par mes mains ravageuses. Ses seins, certes minimes, me semblent encore plus appétissants que tout à l’heure. Jambes minces, longues cannes. Et son bas-ventre, l’origine du foyer qui allume mon ventre. Le soleil la sublime, c’est certain. Il lui confère une dimension sacrée, quais virginale ou bien quelque chose emprunté aux dieux.
Je passe une main dans mes cheveux rendus un peu sales par la moiteur ambiante.
Un autre sourire, exprimant lui aussi ma satisfaction, vient décorer mon faciès. À cet instant je me dis que si Julia n’avait pas été autant tenue en laisse, elle aurait fait succomber des tonnes de garçons qui ramperaient à ses pieds dans l’espoir futile de pouvoir toucher sa peau.
Le fait que je sois le premier me gonfle d’orgueil.
Je vais pouvoir me comporter comme un vainqueur, comme un guerrier ayant tranché la tête du roi ennemi. Ce soir je fêterai ça dignement, ressassant mon exploit, rêvant aux prochaines fois. Je me lève alors à mon tour, quittant le confort rustre des draps malmenés par la danse de nos deux corps. Je m’avance vers Julia d’une démarche féline mais assurée.
Je reprends le bâtonnet fumant.
- Ça ne te va pas de fumer.
Je murmure.
C’est vrai, elle a cet aspect fragile et bourré de candeur qu’il lui faut entretenir. La cigarette la rend vulgaire. Moi je préfère sa figure de vierge, pâle et tremblante. Je préfère son œil qui craint la tempête et qui pourtant se permet de déverser des perles salées. J’aime la voir frissonner, raidie comme avant un grand saut. J’aime sa confiance aveugle et son ignorance du monde. La cigarette, je vous jure, ça lui enlève tout ça.
Je tire une dernière bouffée puis je balance le mégot par la fenêtre. Le monde pourrait bien s’enflammer et nous consumer tous les deux, je mourrais satisfait et repu. La mort après l’amour. Ça me semble être un scénario plutôt convenable pour un homme comme moi.
J’entoure alors Julia de mes bras, je veux baigner dans le soleil avec elle.
Bon Dieu comme j’aime ce soleil d’Italie, sa morsure brûlante qui me rappelle que je vis.
Je voudrais recommencer, la tenir contre moi et la faire chanter – car elle ne m’a pas laissé entendre les inflexions de sa voix gémissante. Ma bouche vient quémander la sienne et ma main vient se glisser entre ses deux cuisses nues, à la recherche de l’objet autrefois convoité et à présent possédé. À défaut de lui donner de l’amour, je m’arrange pour que son palpitant se démène, perdu dans ses émotions. Je fais en sorte que sa respiration s’accélère et que son corps se tende contre le mien à la manière d’un arc près à achever sa proie. Je fais du corps de Julia un véritable instrument de musique, usant de mes mains expertes pour en extraire une mélodie. Mes yeux plongent dans les siens et j’ose lui montrer un peu de la noirceur de mon âme, quelque chose de sombre et de putride qui n’existe que dans certains cauchemars. Je lui dévoile ma nature profonde et cette fois je n’ai pas besoin d’alcool. Un sourire fantomatique étire mes lèvres. Puis je ferme le volet de mes paupières et desserre mon étreinte.
Je ne lui donnerai rien de plus pour aujourd’hui.
J’espère avoir assez alimenté son feu intérieur, y jetant des bûches sèches avec mes mains pour qu’elle veuille revenir une autre fois. Je lui tourne alors le dos et me dirige vers la salle de bain. Avant d’y entrer pour nettoyer mon corps de toutes ces odeurs, je lance un énième regard à ma Julia baignée de soleil.
Ma bouche s’entrouvre pour parler.
J’ai presque voulu lui dire qu’il ne fallait pas qu’elle compte sur moi pour l’amour, mais qu’elle peut compter sur moi pour la luxure. Presque voulu lui dire qu’aujourd’hui elle a vu le Giorgio Salvatici aimable et prévenant qui n’existe que lors des actes fameux. Mais que demain, je pourrais la traiter comme du fumier, comme un souillon qu’on traîne volontairement sur les pavés plein de crasse.
- Je … Je vais prendre une douche.
Je bredouille finalement, pour ne rien laisser en suspens. J’émets un léger secouement de la tête et je m’éclipse dans la salle de bain, laissant la porte ouverte à son œil curieux.
L’écoulement de l’eau tue le silence.
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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Mer 25 Mai - 0:18


La chambre est soudainement baignée du halo flamboyant de ce jour où j’ai égaré ma chasteté. Il irradie, soulignant d’autant plus mes courbes quelques peu lascives.  Mon imminente volupté attire Gino qui, se relevant, n’a de cesse de dévisager mon corps de cette pupille dans laquelle je décèle un certain éclat. La façon avec laquelle il observe ses moindres détails, de trouver en chacun d’eux un petit quelque chose qui fera la différence. Il me goûte encore, avidement de ses yeux et semble se délecter de ce qu’il entrevoit. La lenteur calculée dont il fait preuve dans ses gestes même minimes me donne à nouveau envie de lui. Et ses sourires si diaboliquement envoûtants m’ôtent toute défense. Mise à nue, découverte, vulnérable que je suis. Et pourtant cette fois ci, l’alcool ne coule guère dans mes veines. J’ai déjà abaissé la garde il y a peu, laissant entrer pernicieusement l’inconnu et ses tendancieux congénères. A l’heure qu’il est, ils m’ont déjà investi, forçant Innocence à me quitter. Mais elle a néanmoins tenté de s’accrocher. Persister à me couver de ces intentions qu’elle a toujours pressenti comme mauvaises. Et je n’ai pas souhaité l’écouter, harassée d’être cet enfant modèle qui, la majorité passée, ne connait que si peu de choses de l’existence, des gens, de l’amour, du sexe, du monde. Une inspiration de plus, et j’expire l’abondante fumée se répandant telle une auréole prenant place au dessus de ma tendre tête blonde. Et nous sommes là, tels deux chiens de faïence se fixant, attendant quelque chose, demeurant patients dans un moment des plus insoutenables. Que l’un d’entre nous prenne les devants. Les draps enlaçant le séant de Gino se retrouvent désormais seuls, tombeau de notre courte étreinte. Le pas mesuré, il s’approche. Je perçois dans son regard une convoitise des plus voraces. Il s’empare de la cigarette, n’en tire qu’un souffle désinvolte avant de la propulser au dehors, la laissant ainsi mourir sur le parvis brûlé par le soleil. Tout en l’éjectant, il s’exclame que la cigarette ne me va guère. Je ne réponds point et le toise d’une œillade interrogative. On me dit que les hommes préféraient les femmes. De celles qui dansent sensuellement sans trop en faire, de celles qui sont indépendantes mais pas trop, de celles qui ne se laissent guère faire, mais pas trop non plus. Gino Salvatici préférerait-il les petites filles ? Je ne désire désespérément plus être cette candide adolescente. Je ne veux qu’en terminer de ces sanglots, de ce vide lacunaire qu’a laissé ma mère et qu’il m’a fallu combler. Cet âge ci est révolu et je ne pourrais continuer à subsister ainsi. Cette irréalité m’a rendu démunie au monde, me poussant vers une voie de sortie que bien trop tard. Ces années m’ont d’autant plus fragilisées que j’en suis ici, à ne pas savoir comment me dépêtrer de cette situation. J’ai quelque peu perdu ma pureté en ce jour, et quand bien même il n’y a que lui et moi dans la pièce, j’ai l’impression que tout le monde me regarde, notamment la belle blonde rencontrée à la réception. Elle a tenté de me mettre en garde, je comprends dès à présent ses dires. Ne pas trop en dire, ne pas trop en faire. Pourquoi les femmes éprouveraient-elles la nécessité d’afficher leur pouvoir face aux hommes si elles ne se sentaient pas menacées ? La danseuse ferait-elle partie de ces femmes que l’on a bafouées ? Ont-elles toutes à leur côté une Innocence qui dans leur moment de doute est là pour leur faire voir la vérité ? Gino me recouvre de ses bras, emportant mon frêle corps dans une caresse des plus douces. Je m’accroche à sa fragrance, celle de l’Homme, mon visage enfoui dans sa nuque où j’y dépose de suaves baisers. Et ses lèvres en redemandent, venant trouver mes lippes délicates. Ses extrémités s’en vont pénétrer à nouveau mon intimité, jouer de mes organes afin de m’arracher un cri quelconque. Maniant mes chairs avec délice, il n’a de cesse de triturer mon bas ventre, effleurant, caressant, étreignant de sa main la moindre parcelle de ce dernier. De longs et saccadés gémissements viennent s’interposer à ses gestes. Mélange exquis d’un plaisir charnel redoublé d’une horreur qui prend part dans le tréfonds de mon estomac. Je ne sais si c’est le désir qui m’embrase ainsi ou si ma soudaine frayeur est dûe à ce regard dans lequel je m’immerge malgré moi. Le Blake me revient. Quand bien même j’étais cette femme vêtue de soleil, je ne portais guère son expression des plus terrifiée. Et Gino n’avait rien de ce dragon mangeur d’hommes. Mais maintenant je le vois, il se tient face à moi, sa longue queue pourfendant l’air, prête à m’engloutir. J’en vois sa couleur, dans le fin fond de sa pupille. Le mal, de celui qui ronge, celui qui pourrit, une chose indéfinissable, impalpable que l’on ne peut ressentir qu’avec ses tripes. Ses yeux s’éteignent et ses doigts s’extraient de moi. Je n’en suis que plus soulagée. Malgré cette vision on ne peut plus étrange, j’éprouve dans mon corps la satisfaction charnelle du moment. Oui, j’ai aimé ça. Quand il a tenté de me faire sienne et qu’il y est parvenu. Je reprends mon souffle, bouleversée de ce qu’il vient de se produire. Je n’oublierais jamais cette journée. Le souvenir qui persistera en moi ne serait des plus joviaux biens au contraire. Il conservera toute l’amertume du regard de Gino. Je déglutis, encore et encore, tentant de réhydrater l’intérieur de mon stupéfait, pour retrouver un tant soit peu de force pour énoncer quelques mots. Il va prendre une douche. C’est tout. Et je vois son corps nu que je désire tant pourtant, s’éloignant se noyer sous des trombes d’eau, afin de se purifier de nos instants. L’envie de déguerpir me reprend. De toute évidence, il n’y verrait que du feu. Ma frustration est grande, et se nourrit de ma cupidité de fillette. Non, ce n’est pas aujourd’hui que je deviendrais femme. Je me mordille à nouveau la lèvre, comme je le fais si souvent quand les émotions me montent aux joues. Le sang se profile sur mes lèvres et s’en va trouver le sol délabré de la chambre. Comme la goutte de sang d’une vierge allant trouver les terres arides d’un peuple, leur rendant alors par miracle la pluie. Mais je ne suis plus vierge, j’ai failli à ce que je suis. La confusion est grande, le remord est présent, la peur prend part à tout ce beau monde et l’envie est toujours là, plus forte que jamais. Fais donc. M’exclamais-je. De toute façon, je n’ai rien ressenti. Mon visage se renferme et s’endurcit. Une grimace de haine, je m’en vais retrouver mes vêtements, dont mon corps se pare aussitôt.

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MessageSujet: Re: GOOD DAY TO HIDE (JULIA)   Jeu 26 Mai - 21:26

L’eau ruisselle sur mon cou et mes épaules. Elle est froide et me fait l’effet d’une gifle bien méritée. Je me demande si ce qu’elle a vu au fond de mon œil l’a effrayée. J’imagine que oui. On m’a déjà dit qu’il y avait un mal profond dans mes yeux, quelque chose de terrible, qui ronge et qui empeste. C’est probablement la bête qui a dû rugir un peu dans mes prunelles, montrant alors ce qu’elle était, ouvrant sa gueule béante et acide en guise de menace. Ou tout simplement pour dire regarde, regarde ce que je suis. Je peux rugir, griffer, mordre, je peux tuer aussi si j’en ai envie. Il ne me faut pas grand-chose pour mettre un homme à terre. Alors une femme … La fraîcheur de l’eau atténue la fièvre dans laquelle baignait mon corps.
La voix de Julia perce à travers le son de la douche, se frayant un chemin jusque mes oreilles.
- Fais donc. De toute façon, je n’ai rien ressenti.
Le chant de l’eau se tait immédiatement.
Je n’ai rien ressenti.
Mon rire éclate dans la chambre. Amer et glacial.
Effet de coupure.
Je quitte la douche et enroule ma taille nue dans une serviette immaculée. Je décide de regagner la chambre. Julia s’est rhabillée, prête à déguerpir, à fuir la bête qui l’a tenue dans ses bras et contre lui dans un mouvement de bateau malmené par la mer. Je la regarde et je croise les bras sur mon torse, la toisant avec un soupçon de mépris.
- Tu n’as rien ressenti ?
Je demande alors, répétant ses paroles.
À quoi est-ce qu’elle s’attendait, bon sang ? Elle voulait que je la câline, que je lui dise combien elle est belle ? Que je prenne le temps de passer ma main dans ses cheveux blonds, que je l’embrasse un millier de fois encore ? Que je lui murmure des paroles tendres dans le creux de l’oreille, des mots qui feront voler des papillons dans son ventre plat ? Tout ce que je peux lui donner ce sont des vers, des asticots putrides qui se réjouiront de sa pourriture prochaine. Car à me fréquenter, à rester dans mon ombre, la belle fleur qu’elle est deviendra fanée et triste et ses pétales flétriront sous mon souffle. C’est comme cela que ça fonctionne, avec Gino Salvatici. Il n’y a pas de place pour les cajoleries d’amant, il n’y a pas de place pour les paroles qui ont un parfum si sucré qu’il écœure.
Le fait qu’elle me mente me rend irritable.
Et si tout à l’heure j’étais presque heureux, repu de sa chair, fatigué de l’effort, prêt à aller m’endormir un peu en la caressant encore, là les seules envies qui gonflent mon cœur sont celles de gifler son visage pour lui redonner des couleurs ou bien la foutre à la porte sans plus de cérémonies.
Je n’aime pas les menteuses.
- Alors si tu as raison, tu me feras comprendre que je suis sourd et que j’ai perdu la sensation du toucher.
Ses gémissements ne mentaient pas. Les contractions de son corps éprouvé ne mentaient pas. Sa façon de venir chercher mes lèvres, de balader les paumes de ses mains sur mon épiderme ne mentait pas. Son attitude ne mentait pas. Quand bien même il ne serait pas question de plaisir ou de désir, je sais qu’elle a souffert, qu’elle a craint mon corps, qu’elle a appréhendé cet instant. Il y a eu ses larmes, sa honte, son visage usé pendant le rapport.
- J’ai assez de lucidité pour savoir que tu mens, Julia.
Je murmure, en secouant la tête.
Je crois ressentir de la déception.
Je m’avance vers la porte de la chambre et je l’ouvre en grand, mon bras ouvre la route à la fille Salucci. Des gouttes glacées perlent de mes cheveux et viennent s’échouer douloureusement sur ma peau, piqûres intempestives.
- Mais je vois que tu t’es déjà rhabillée. J’imagine qu’on n’a plus rien à faire tous les deux. Tu peux donc t’en aller.
La glace prend place contre mes cordes vocales, donnant alors à ma voix un ton autoritaire et vexé. J’ai sûrement été piqué dans mon égo, une petite gifle a priori bénigne mais qui me remontent un peu et mettent ma tête en désordre. Elle peut partir, Julia, je sais bien qu’elle reviendra en couinant, en me demandant de la prendre dans mes bras et de la tenir un peu contre moi. Cette fois j’aurai peut-être essuyé sa mauvaise foi et j’accepterai qu’elle revienne au sein de mes draps.
En attendant, j’espère que ce qu’elle a vu au fond de mon regard ne l’a pas tant alarmée. Car dans la peur, Julia pourrait aller geindre dans les genoux de son père qu’un garçon la menace.
Si elle le fait, je suis un homme mort.
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GOOD DAY TO HIDE (JULIA)
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