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 QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)

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PRÉNOM : KEKE
AVATAR : ELIAS
CRÉDITS : LA CLÉOPÂTRE
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DEPUIS QUAND : 08/04/2016

MessageSujet: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Dim 10 Avr - 16:29

La première fois que je l’ai vue, mon nez s’est froncé, comme une mauvaise odeur. Ma tête s’est dit non, je perds pas mon temps avec une fille comme ça. Alors au début il a fallu serrer les dents et faire quand même, parce que bon, ça paie bien, cette histoire.
Elle est là, assise sur le canapé en cuir dans l’appartement.
Encore une fois, elle a l’air terriblement recroquevillée sur elle-même, comme si elle n’arrivait pas à ouvrir les épaules et relever le menton pour respirer.
Je m’approche d’elle, un verre plein d’un liquide ambré dans la main, une cigarette dans l’autre.
Je vais m’asseoir dans le fauteuil dans lequel s’assied normalement mon père. Quelque chose de gigantesque et de mou – le temps en a craquelé la surface.
Mon regard vient scier les yeux de Chiyo.
- Y a quelque chose qui te tracasse ?
Je demande en croisant mes jambes.
- Tu veux que j’t’aide à te détendre ?
J’dis ça avec une moue amusée sur le visage.
De toute façon, elle ne peut pas dire non.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 4:01

j'ai l'impression que le sofa va m'avaler
qu'il va tout gober de mon être
qu'il va recracher que mes os (et mon coeur massacré).
je ronge un de mes ongles, l'esprit tempête et la tête si loin. le chat de maman s'est sauvé la nuit dernière, quand je suis sortie fumer une cigarette. j'ai l'impression que c'est ma faute. je suis désolée, maman. je sais à quel point tu l'aimais, ce chat. j'espère qu'il reviendra. je t'aime.
gino se fait bouffer par le sofa craquelé du padre
il a l'air de vouloir créer un nouveau big bang quand il fait tourner l'alcool dans le verre.
j'lève les yeux vers lui, effrayée.
tu veux que j't'aide à te détendre ?
tu veux que j't'aide à te détendre ?
hein, chiyo ?
t'as envie qu'il t'aide à te détendre ?
je peux pas dire non,
et puis il va trouver ça tellement con.

- j'ai perdu le chat de ma mère hier soir.

allez, ris à ma gueule.
de toute façon, j'ai rien à perdre.
j'ai rien du tout.
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PRÉNOM : KEKE
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 9:34

Mes yeux toujours rivés sur son être chétif, j’avale un peu du liquide qui stagne dans mon verre. Ses yeux à elle traduisent une angoisse certaine, ça se voit aussi à cet ongle qu’elle ronge machinalement. Je reste stoïque face à sa détresse.
Je m’en fiche.
Je passe une main dans mes cheveux en attendant sa réponse.
- J’ai perdu le chat de ma mère hier soir.
Je fronce d’abord les sourcils avant de comprendre qu’elle est sérieuse quand elle dit ça. J’éclate alors d’un rire énorme, tonitruant, il prend toute la place dans le salon, écrase et étouffe Chiyo en même temps. Un rire moqueur, vicieux, qui glace et qui scie à chaque éclat de voix.
J’essuie ma paupière rendue humide par le rire.
- Il faut pas grand-chose pour t’ébranler, ma pauvre.
Je pose le verre sur la table basse d’un bruit sec, puis je vais m’asseoir à côté de Chiyo. Je fais glisser ma main sur sa cuisse et je plonge mon visage sur le rivage de sa nuque où je viens respirer ses cheveux.
- Il reviendra.
Parole faussement rassurante, faussement inquiétée, fausse tout court.
La seule chose qui m’intéresse, c’est posséder Chiyo, en faire ce que je veux, me fatiguer contre elle puis l’abandonner là, jusqu’à la prochaine fois.

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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 17:46

gino se fiche de tout, de moi, d'elle, de cette autre fille, de la fille d'hier, de celle de demain. il se fiche de toutes les femmes du monde et il prend plaisir à serrer leur coeur dans ses grandes mains pour le faire éclater.
destruction sanguine.
son rire qui résonne dans la pièce me glace le sang.
il me poignarde.
il y prend plaisir.
je sens la lame froide s'enfoncer dans mon ventre.
encore et encore.
sur mon îlot-canapé, j'ai l'impression d'être seule au monde, d'être minuscule. il va m'écraser avec ses pieds. il va rire à nouveau. sa vie n'aura pas changé. j'imagine tout dans ma tête et ça me fait sursauter quand j'entend son verre claquer contre la table basse. il vient s'placer tout près, sa main sur ma cuisse me fait grimacer, son souffle chaud me fait frissonner.
non gino, non, non, non.

- je crois pas. il était vieux. il est probablement parti mourir quelque part.

je me fais plus d'illusions sur la vie.
elle n'a rien de bon à offrir, je crois.
je ferme les yeux un moment, je ne bouge pas, je reste simplement là alors que la main de gino brûle ma peau.
j'ai envie de crier et de partir d'ici.
j'ai envie de tout détruire sur mon passage.
je suis pas idiote, gino.

- je peux avoir une cigarette, gino ?

j'ai oublié mon paquet chez moi et j'ai besoin de me tuer à petit feu,
en attendant que tu le fasses toi-même.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 18:07

Elle est toute raide, sous mes mains. Elle est bloc de glace, ciment. J’ai envie de donner des coups de poing dans son corps, de meurtrir sa chair comme on meurtrit de la viande pour la rendre plus tendre, pour qu’elle me renvoie autre chose que des vagues de froid et de sel.
De quoi elle se plaint ?
Elle est pas malheureuse, elle pourrait chialer des litres de larmes pour un chat qu’elle serait toujours pas malheureuse. Je suis  là, moi, je la protège, je lui donne les plaisirs de la chair, elle a à manger, à boire, elle a même de l’argent.
Qu’est-ce qui lui faut de plus, hein ?
Chiyo parle du chat, je ne réponds pas.
À la place, j’embrasse sa nuque, pour lui faire comprendre que je suis pas là pour discuter.
- Je peux avoir une cigarette, Gino ?
Je me recule, les dents serrées. Je ferme les yeux un instant, prends une profonde inspiration. Elle a tout ce qu’il faut et elle est encore là à réclamer, à se plaindre. Ma main s’avance et vient emprisonner sa mâchoire dans l’étau de mon poing.
- Plus tard, peut-être, quand j’en aurai terminé avec toi.
Si t’es sage, si j’ai envie, si tu m’offres tout ce que je mérite.
Je lui souris froidement.
C’est moi qui décide, ici.
Je la lâche et je retourne me réfugier contre elle, comme un enfant qui manque de caresse. Je dévore son cou de ma bouche, sans tendresse, avec pour seul but la satisfaction d’un désir primaire. Mes mains se cognent sur ses os en essayant de la déshabiller et mes caresses ressemblent à des coups pleins de mollesse.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 19:41

je sais que c'est qu'un stupide chat, gino.
je sais que tu t'en fou complètement, que je devrais fermer ma gueule, mais je peux pas. ça sort tout seul, c'est que le chat il pèse sur ma conscience et que la vie aussi, elle pèse très fort, comme pour m'écraser la cage thoracique et là, j'arrive plus à bien respirer.
j'ai l'impression que tout est ma faute,
que si y'a un tremblement de terre au chili ou au japon, c'est parce que j'suis encore sur terre et qu'il faut bien un coupable. tu comprends pas, gino. j'le sais bien que tu comprends pas et que t'en as rien à faire, mais voilà.
j'ai tout le poids du monde sur mes épaules minuscules et j'arrive plus à bouger.
encore moins quand tu commences à m'embrasser comme ça.
j'essaie de respirer correctement,
sous chaque baiser j'ai l'impression de me briser un peu plus.
sa main vient m'serrer très fort la mâchoire et j'sens mon âme qui veut s'envoler.

- ok...

ok, j'arrive pas à dire quelque chose d'autre.
c'est difficile quand les mots se coincent dans la gorge et qu'ils veulent pas sortir.
je détourne le regard: ce sourire froid arriverait à éteindre le soleil.
j'sens ses lèvres qui dévorent mon cou, gino dévore mon être tout entier.
les bretelles de ma robe glissent sur mes bras et j'ai la chair de poule. je peux rien dire, rien faire. y'a aucune douceur, aucun respect, aucun amour.
comment tu veux que j'arrive à bien fonctionner, à te toucher, à te regarder avec ne serait-ce qu'une once d'envie, gino ? c'est impossible.
j'lève les yeux vers lui (les siens, d'un bleu polaire me font l'effet d'une douche froide) et j'essaie de déceler d'la compassion ou quoi que ce soit. y'a rien, c'est vide. c'est que de l'envie et puis de la rage, et la soif de pouvoir sur toute la terre entière.
j'enlève ma petite veste de laine moi-même et je la dépose sur le canapé.
j'étire mes bras vers le sol pour me déchausser de mes sandales délicates.
tu vois, j'essaie fort.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 20:12

Quand je me redresse pour enlever ma chemise, nos deux visages se font face. Je m’arrête un instant sur celui de Chiyo. J’y vois une face blême, qui n’a pas de rougeurs semblables à celles qu’ont les amoureux. Sa bouche est muette, fermée comme un coffre. Ses yeux sont sans éclat, ils sont vides, sombres. Ils attendent que tout se passe et se termine. La chair de poule qui dresse le duvet de son cou et de ses bras n’est pas le frisson du plaisir, ni le frisson du désir.
Chiyo est un être tétanisé qui attend dans la paralysie, qui exécute dans le silence.
Moi, ça me va. Je ne veux pas qu’elle pleure, je ne veux pas qu’elle crie, je veux juste qu’elle soit utile. Je ne veux pas de ses sentiments, je ne veux même pas de son amour ou qu’elle s’intéresse à moi. Chiyo est une affaire comme une autre, c’est comme une livraison. On la protège, on fait des accords et surtout on fait de l’argent. On la transporte, on la planque, on éloigne les curieux.
Et parfois, on en profite.
Elle a enlevé un peu plus de ses vêtements et j’en fais de même, je me retrouve torse nu contre son ventre et ses seins nus. Je me déshabille machinalement, croisant parfois son regard. Je ne fais pas attention à son petit corps écrasé par le mien. Je me contente d’éteindre le feu qui dévore le bas de mon ventre. Il n’y a pas une parole entre nous, seulement le bruit de deux corps qui se cognent avec la violence de l’indifférence. Il n’y a pas de soupirs, pas de murmures, il n’y a rien qui fait frissonner mon échine.
De temps en temps, perché sur elle, je la regarde. Et c’est quand je la regarde que je lui rends la tâche désagréable, en me faisant plus rude. Comme si elle avait mérité qu’on la brusque, qu’on la chiffonne, qu’on l’use et qu’on oublie de la jeter.
Pas de caresse.
Pas de baiser.
Puis ça se termine comme ça a commencé. Je me décroche d’elle et je la laisse là, échouée dans le sofa. Je me lève et la regarde.
Elle est belle, quand même.
Je me penche pour attraper mon paquet de cigarettes et je m’en grille une. Je ne cesse jamais de la regarder. Puis en recrachant la fumée, je tourne le paquet ouvert vers le sol, comme pour vider son contenu. Rien ne tombe.
- Dommage, c’était la dernière.
Un sourire amusé vient décorer mon visage.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 20:38

il y a nos peaux et même nos corps collés l'un contre l'autre ne réchauffent pas mon coeur. il s'éteint sans bien avoir tout vécu dans la vie. je ne suis rien, et si je meurs, sur mon épitaphe, il n'y aura rien. que le vide grandissant et me suivant même après ma mort.
le vide remplit mon être et gino prend toute la place en moi.
j'en grimace, j'ai envie d'hurler et de pleurer.
je ne fais rien, il montrerait les crocs.
j'essaie de penser à autre chose:
qu'est-ce que maman aura préparé pour le souper ? est-ce que papa aura passé une bonne journée ? est-ce que le chat sera revenu ? est-ce que ma vieille voisine n'est pas morte dans son appartement ? (elle ne fait presque aucun bruit, je vais souvent la voir pour boire un thé et lire avec elle).
le temps file et gino se défait de mon petit corps. je reste couchée sur le sofa, j'observe le plafond, détachée des événements. j'entend le son du briquet qui flambe une cigarette. la fumée parvient à mes narines et ma tête se tourne vers le garçon.
la dernière.
sa voix résonne dans tout mon être et j'ai envie de sauter de sa fenêtre.
il m'écrase.

- oh, d'accord...

mes mots s'évaporent rapidement dans l'air de la pièce et je cherche maladroitement ma robe. j'ai besoin de me couvrir, la honte n'est pas un vêtement confortable à porter. est-ce qu'il en a finit avec moi ? j'aimerais bien.
je veux juste partir,
allez acheter un paquet de cigarettes et peut-être m'étendre dans l'herbe froide pour observer le ciel.
faire l'étoile dans le vert du parc et peut-être m'envoler vers la nuit pétroline et faire partie d'une constellation.

- je peux partir ?

mes yeux se posent sur lui.
toujours effrayée.
un animal sans défense devant la mort imminente.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 21:47


Je me demande si Chiyo se réveillera un jour de sa torpeur. Je pourrais l’insulter et la gifler qu’elle resterait telle quelle, immobile et les yeux pleins de larmes. Si ça se trouve, elle s’excuserait même pour ce qu’elle est. J’imagine qu’elle ne se met jamais en colère, qu’elle ne montre jamais les crocs. Elle doit pas savoir faire. Dans un torrent, elle serait sûrement celle qui se laisse envahir par les flots, pas celle qui se bat contre le courant.
Tout ce que je lui offre, en cet instant, c’est la vision de mon corps dénudé que la lumière ne met pas en valeur. Elle doit y voir des points de suture qui ont mal cicatrisé, les tâches bleues des coups qui ont été pris.
Chiyo fouille le sol pour se rhabiller.
- Je peux partir ?
Elle lève les yeux et ça transpire de détresse dans ses prunelles.
Je hausse un sourcil, feignant l’incompréhension.
Je m’avance vers la grande fenêtre du salon qui est inondée de soleil.
Je laisse les rayons couler sur ma peau et je me chauffe au milieu des particules de poussière, je suis dos à Chiyo. Si ça se trouve, elle a un couteau dans son gilet et elle trouvera le courage de venir me le planter dans la colonne.
- Tu veux aller où, comme ça ?
Je ferme les yeux et moi aussi je m’inonde de soleil.
- T’essaies de t’enfuir ?
Le ton de la menace perce dans ma voix.
Je la laisserai jamais partir bien loin. J’ai pas le droit de toute façon. Son père m’a dit, garde toujours un œil sur elle, toujours. Son père, je veux pas le provoquer, je veux pas non plus risquer ma vie.
J’ai pas envie qu’elle s’en aille.
J’aime bien quand elle est là, elle m’occupe l’esprit, je peux lui balancer tout ce que je veux au visage. Des mots qui tranchent, des assiettes, mes poings levés. Puis c’est un beau tableau qui bouge, je peux aller l’embrasser, la serrer contre moi, la relâcher, lui faire comprendre à quel point je la déteste, à quel point elle n’est qu’un chiffre dans ma banque.
Rien d’autre …
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 22:16

j'essaie d'éviter son regard, j'essaie de ne pas poser les yeux sur lui.
son corps qui a vécu bien plus que le mien raconte l'histoire de la violence de ses jours passés sur terre. parfois, je me dis que s'il était plus gentil avec moi, j'aimerais bien laisser mes doigts glisser sur ses cicatrices et ses bleus. pour teinter sa peau d'une étrange douceur.
une douceur qu'il n'a pas dans sa vie.
je trouve ça triste, mais je ne peux rien y faire.
gino s'amuse à allumer des feux de haine avec les flemmes de l'enfer.
il danse avec le diable rien qu'avec ses mots.
mes yeux suivent ses mouvements et la lumière du soleil fait briller ses cheveux châtain et son être blême.

- je veux juste retourner à la maison...

je me racle presque silencieusement la gorge pour ponctuer cette phrase murmurée. je me sens trop petite ici (c'est un peu pareil où qu'je sois, bien que dans cet endroit, ce soit pire).  je reste debout, plantée là, dans cette immense pièce et j'ai l'impression que le courant de la mer va m'emporter au plus profond d'elle.
une des plaies de gino commence à saigner, le liquide rouge sur sa peau blanche me rappelle le drapeau de l'endroit où maman est née. je cherche dans mon sac à main un mouchoir et je m'avance doucement.

- non, non... j'essaie pas.

mais j'aimerais beaucoup.
prendre les jambes à mon cou
et partir d'ici le plus rapidement possible.
doucement, je vais déposer le morceau de tissu sur sa blessure. ses points de suture se sont probablement ouverts. (un travail bâclé par un médecin trop pressé. peut-être même pas un médecin.) je fais une légère pression sur son bras pour que les larmes sanguines restent dans le grand corps de gino.
pas un mot,
rien.
pourquoi tu pars pas, chiyo ?
déguerpis, sauve-toi.
reste pas ici à soigner une minuscule blessure,
surtout pour lui.
surtout pour gino.
il mérite pas ton toi tout entier.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 22:55

On oublie parfois la douce morsure du soleil. Je pourrais rester planté là des heures à savourer la brûlante caresse. J’ai l’impression qu’elle essaie d’entrer en moi par tous les pores de ma peau exposés. Je voudrais mourir comme ça, sous le soleil. Dans un bain de lumière, inondé de rayons jaunes. Je voudrais presque me noyer dans le soleil, comme un dieu ou un roi, et pas comme un faible à la lame d’un couteau.
- Je veux juste rentrer à la maison …
Ses mots se baignent dans le son des larmes. Ils nagent dedans et n’arrivent pas à sortir la tête de l’eau salé. Chiyo a la morsure du sel, violente, qui ronge et qui brûle.
- Non, non … J’essaie pas.
Quand elle dit ça, j’entends ses pieds qui font craquer le parquet. Elle vient vers moi. Je reste à baigner dans le soleil.
Et puis, comme une surprise qui vous laisse muet, je sens ses petites mains froides se poser sur mon bras. Elle est en train de poser un mouchoir blanc sur mon bras qui se teinte lentement d’une tache écarlate. Je fronce les sourcils et je marmonne un « fais chier ». Mes yeux se posent sur Chiyo. Je me sens troublé, parce que je comprends pas. Je comprends pas pourquoi elle s’emmerde à panser mes plaies alors que je sais qu’elle me déteste et que je lui fais peur. Je sais même pas comment réagir.
Je sais pas dire merci.
Pas à elle.
Je recule d’un pas pour partager ma flaque de soleil avec Chiyo et l’arracher à l’ombre. C’est quand même mieux avec l’astre flamboyant, non ?
J’aurai presque voulu lui embrasser le front. C’est bien la seule à se préoccuper de mes blessures qui recommencent à saigner. Mais ça serait pas moi, alors à la place, je dis
- Depuis quand tu te préoccupes de moi ?
Ma voix transpire l’acidité et l’amertume.
Je sais pas comment faire, on m’a jamais appris – ou alors j’ai vu, entendu mais jamais retenu.
- Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi.
Je murmure. C’est vrai, elle devrait plutôt s’atteler à se réchauffer, à être plus forte. Je ne sais pas.
Je recule dans l’ombre et regagne le canapé où je me rhabille. Je m’exile parce que je sens que la situation m’échappe, elle devient bizarre.
J’ai pas envie de lui faire croire que je l’apprécie. J’ai juste envie de rester Gino. Gino sombre, Gino violent.

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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   Lun 11 Avr - 23:33

je touche avec douceur le bras meurtrit de gino,
parce que j'ai beau lutter, j'ai beau me dire dans ma tête, fais pas ça chiyo, laisse le tacher le sol de son sang bouillant, vas-t-en, cours très loin d'ici.
j'éponge le sang qui continue de vouloir s'échapper, le mouchoir blanc devient rouge et sa voix s'élève pour jurer.
il recule d'un pas et j'avance pour me poser où il était.
le soleil réchauffe ma peau, enveloppe mon âme pour la calmer. comme les étreintes de ma maman. les rayons chauds d'aujourd'hui sont rassurants, ils me disent que tout ira bien et j'aimerais bien le croire. c'est pourtant bien difficile.
l'amertume de sa voix me pince le coeur et je baisse les yeux.

- je... je voulais juste aider...

m'inquiéter pour moi,
c'est quelque chose d'assez difficile.
je sais pas si c'est quelque chose que je pourrais bien faire.
gino retourne dans l'ombre et je garde le mouchoir dans ma petite main. il revêtit ses vêtements et il disparaît du salon.
il me laisse seule dans cet endroit trop grand et sans sa présence, je sens le poids sur mes poumons s'envoler. je prend une grande bouffée d'air, j'ai l'impression de créer de nouvelles galaxies dans mes poumons.
je quitte la fenêtre aux rayons du soleil pour poser sur mes épaules ma petite veste en laine. je prend mes sandales dans mes mains et mon sac à main dans l'autre et je me faufile vers le couloir de la sortie.
je veux juste partir.
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MessageSujet: Re: QUI REMARQUE LES FISSURES (CHIYO)   

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