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 WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)

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NOS ÂMES EN ENFER.

PRÉNOM : ADÈLE.
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MessageSujet: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Dim 8 Mai - 19:40

et je suis là, allongée dans les herbes folles. comme à chaque fois. et je suis là à fuir le diable en personne. comme chaque soir. quand je rentrerai chez moi, il y aura les cris, il y aura les mots, et les maux aussi. quand je rentrerai chez moi, lui, il sera toujours là. il m'attendra là, dans l'encadrement de la porte, à siffler entre ses dents, à me cracher au visage le venin du serpent. le claquement de ses chaînes dorées raisonnera dans sa cage thoracique tandis que la mienne se resserrera. et j'aurai peur. comme à chaque fois. et je me répéterai de ne pas oublier de respirer, même si la valse du cœur aimerait s'arrêter, le temps d'une chute fatale, dommage collatéral.
mais je suis là. je serai là demain. je serai là toujours, parmi les fleurs et la rosée, parmi les larmes humides des brins d'herbe qui sanglotent, leurs épaules secouées par la chanson du vent. je serai là toujours, à chercher de l'amour.
je regarde le ciel, la lune déformée par le flou de mes yeux. puis je regarde les autres, puis je regarde les gens, qui rient, qui parlent et qui oublient, le temps d'quelques instants, juste le temps d'une nuit.
puis mon regard se pose sur ce garçon là-bas, gino peut-être bien, gino, ça doit être ça. il a quelque chose de féroce, de félin dans l'regard, cet éclat, comme un caillou qui brille dans la nuit, comme un diamant qu'éclaire le noir, qu'éclaire le ciel trop sombre, qu'éclaire les ombres aux murs, qui fait taire les murmures.
quelque part, c'est malsain, quelque part, c'est mesquin, c'est pas net, mais c'est bien.   
j'me vois juste me lever et m'retrouver à côté d'lui, lui sourire, pas trop grand. il n'y a rien d'envieux, rien de calculé. c'est juste par envie, envie de lui parler, envie de m'oublier, d'oublier qui je suis. « tu es gino, c'est bien ça ? »
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PRÉNOM : KEKE
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Lun 9 Mai - 16:13

Ce soir encore les bruits de la fête ravagent l’immeuble – on entend des rires, des cris, des musiques, des chants hurlés à la face de la lune et des guitares désaccordées.
La chaleur est étouffante à l’intérieur, c’est une vraie fournaise.
Je descends au jardin, l’herbe humide mouille mes chaussures. L’air frais caresse mon visage, atténue les rougeurs de mes joues et de mon cou. Je vais un peu plus loin, du point de vue où on peut voir l’immeuble en entier. J’allume une cigarette et je regarde les fenêtres de l’immeuble. C’est un spectacle intéressant. Parfois il y a des ombres chinoises enlacées derrière les rideaux, parfois c’est le noir complet, parfois ce sont des lumières épileptiques.
Une ombre s’élève parmi l’herbe haute et s’avance vers moi.
Je baisse les yeux sur cette petite chose souriante – visage de poupée, yeux pleins de candeur et bouche qu’on voudrait embrasser mille fois, sans aucun doute.
- Tu es Gino, c’est bien ça ?
J’esquisse un mince sourire, accompagné d’un hochement de tête.
- C’est bien ça, oui. Je peux connaître ton nom ?
Je demande alors.
Je crache la fumée dans l’air, loin de son visage de bambin. Elle est mignonne, mais je ne l’ai jamais remarquée avant, peut-être parce qu’elle est insignifiante. Néanmoins, le fait qu’elle me connaisse gonfle ma poitrine d’un je ne sais quoi. En tout cas, la petite est bien téméraire et elle ne doit pas connaître les affreuses histoires qui courent sur mon nom pour m’aborder avec une telle assurance.
- Désolé, on s’est peut-être déjà croisé ?
Je dis ensuite.
Avoir l’air aimable, prévenant, poli.
Je connais mon rôle par cœur, sur le bout des doigts – il faut dire que je l’ai répété tellement de fois.
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NOS ÂMES EN ENFER.

PRÉNOM : ADÈLE.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Lun 9 Mai - 20:53

lui face à moi, je le regarde droit dans les prunelles avec cette assurance qui n'me ressemble pas. je semble y distinguer l'océan ravagé, les vagues contre les rochers, les éclairs qui déchirent le ciel dans des hurlements infinis, l'enfer, lucifer qui tape contre les carreaux pour s'échapper, briser le verre, briser les cœurs, briser l'esprit. mettre le feu aux herbes hautes, désunir les amoureux transis, hurler le mal à s'en briser les vocales. j'secoue la tête un peu, pas trop, parce que j'aime pas ça quand les cheveux vont dans les yeux. et j'me dis d'arrêter, j'me persuade que c'est l'simple reflet de mon esprit. voir le mal partout simplement parce qu'il est en nous, simplement parce qu'il est chez nous, à nous attendre le soir, le jour, pour nous ruer de coups, pour nous salir le corps, la peau, pour empoisonner notre souffle saccadé. voir le monstre partout, même là où jamais il ne sera, parce qu'il ne sait pas, parce qu'il ne sait rien, parce qu'il ne voit rien. aveugle et sourd, aveugle de beauté, aveuglé par la lune, assourdi par les échos du malheur qu'il a semé qui raisonnent dans son crâne.
et même si c'était l'cas, si l'enfer se cachait aussi dans c'bout d'homme, aux ch'veux trop décoiffés, aux yeux rougis, à la peau toute terne, j'voudrais pas y croire, j'voudrais pas le voir. j'voudrais à mon tour devenir aveugle, fuir la vérité, lui cracher à la gueule, à cette chienne.
j'voudrais à mon tour devenir sourde, comme une enfant qui s'roule sur le sol en s'bouchant très fort les oreilles pour faire taire le son de ses propres pensées, pour faire taire les murs de papier.
je demande pas grand chose, juste à y croire, juste à plus voir, le temps d'un soir. il serait joli le monde, si je n'avais jamais vu la couleur de ce ciel aux trainées rouges, le rouge du sang qui a coulé.
- hum, je suis, anna.
ah bon ? ce serait bien. ce serait bien, d'être une anna. anna forte et anna qui sourit. ce serait joli, ce serait mieux peut-être que ce corps dégueulasse et ces traits tout tirés, c'est peut-être bien de porter sur soi une peau qui ne soit pas souillée.  alors je suis anna. je suis anna, juste pour cette fois, juste pour cette fois, j'ai le droit. l'droit d'foutre mes mains devant mes yeux et d'me voiler la gueule. ça m'rend plus forte, ça m'rend plus faible, tout à la fois, tout à la fois et c'est peut-être très bien comme ça.
- non, il ne me semble pas, j'te connais de nom, juste comme ça.
non, tu ne connais pas anna. moi non plus, je ne la connais pas. je l'invente, juste là, juste comme ça. au fur et à mesure de mes paroles trop assurées, je la crée. c'est bien de ne pas être moi.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Mar 10 Mai - 9:53

Le visage de poupée s’articule – il me répond qu’il s’appelle Anna. Mais l’hésitation au début de sa phrase traduit quelque chose qui ne me trompe pas. Le coin de mon œil se plisse un peu, la gamine ment sûrement, moi je déteste ça, mais je me contente de hocher la tête.
- Enchanté alors … Anna.
Je détache chacune des syllabes de ce prénom probablement inventé pour l’occasion.
La bête tapie dans mon ventre se réveille un peu, elle commence à s’agiter et à battre l’air rance de sa grande queue – agacée. Peut-être que cette fille veut jouer avec moi, rentrer dans une danse endiablée, courir le long des flammes infernales. Moi ça ne me pose aucun souci, je lui tends la main-même, et je l’emmène pour un voyage immonde dont on ne revient pas toujours.
- Non, il ne me semble pas, j’te connais de nom, juste comme ça.
Je crache les dernières volutes de fumée âcre et je jette ma cigarette consumée dans la végétation.
La musique, forte, s’échappe des fenêtres brisées de l’immeuble.
- Très bien Anna, je vais faire en sorte que tu te rappelles de ce nom, alors.
Je m’entête à répéter son prénom, pour appuyer son mensonge, qu’elle baisse un peu les yeux, les joues rougies par la honte ou la gêne, et qu’elle s’excuse un peu.
Après tout, qu’est-ce qu’elle a à cacher ?
Mes paroles sonnent comme une menace, ou peut-être pas. Ce sont des mots que j’ai murmurés dans l’air de la nuit, comme pour lui dire que Giorgio Salvatici n’est pas n’importe qui et qu’on se souvient souvent de lui.
Je lève un instant les yeux au ciel – la lune nous baigne de sa lumière pâle et froide.
- Tu m’accordes cette danse ?
Je ne lui laisse pas le temps de réfléchir et j’emprisonne sa main dans l’étau de ma paume sévère. Il y a toujours cette force trop grande, à peine contenue dans mon corps, dans cette cage d’os qu’elle pourrait ravager à tout instant. J’emmène Anna la menteuse dans le carré d’herbe et je laisse pour le moment une distance respectueuse entre nos deux corps.
Mes pas adroits s’adaptent aux notes infâmes qui se déversent de l’immeuble.
Nous glissons sur l’herbe comme deux fantômes.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Mar 10 Mai - 18:55

une étincelle passe dans ses yeux. anna. il sait. évidemment. mais peut-être bien, peut-être bien que je m'en fous, après tout. peut-être bien que ça ne compte pas beaucoup, peut-être bien que ça ne compte pas, du tout.
le poison amère de ses paroles intoxique l'air, il répète ces deux syllabes, encore et encore. anna. et moi je souris. je souris, insolente. et je lâche un rire qui se perd dans le vent. et il n'aime pas ça, je le vois. rictus sur ses lèvres et rides aux coins des yeux. regard de feu. flammes ardentes qui s'élèvent vers le ciel trop sombre d'une soirée de printemps. et je le sais, à présent. il est de ces lions dont les muscles ne se détendent que lorsque la gazelle est au sol, et que ses supplications se perdent dans la brise. et là, seulement là, il pourra lui trancher la gorge, tout doucement, pour qu'elle puisse sentir ses paupières s'alourdir et puis ses yeux tourner. pour qu'elle puisse ressentir en elle la longue agonie des instants qui s'éternisent. ce lion qui ne trouvera satisfaction que lorsque la lune éclairera ses crocs ensanglantés. mais je m'en fiche bien. là, juste là, je ne m'en préoccupe plus. car on ne peut pas tuer un mort. on ne peut pas briser une poupée de porcelaine dont les éclats sont éparpillés sur le sol que l'on foule sans baisser les yeux.
le lion ne sait pas. car les lions ne savent pas. le lion ne sait pas que face à lui se trouve un trou béant. du rien, du vide. et les échos des jours passés. les longs hurlements du cœur qui fait vibrer la cage thoracique, encore un peu, encore quelques instants. il ne sait pas que je pourrais m'écrouler en un instant. mais pas à cause des lions. à cause du vide qui gagnera. juste comme ça, tout simplement. comme une bougie qui s'éteint après avoir ondulé dans le vent. comme un château d'cartes qui s'envole.
alors là, juste là, le lion ne me fait pas peur. le lion n'me fait pas peur et puis je ris. et je souris. un tout p'tit peu, le temps d'une nuit, pour toute la vie, juste le temps que le souffle me manque et que je meurs entre ses bras rougis par le sang des gazelles fatiguées d'avoir trop couru après la liberté. je mourrai comme on s'endort, et ce n'est pas grave. ça n'compte pas. là, juste là.
puis je le laisse parler. puis je le laisse me cracher au visage des mots empoisonnés. il siffle ses mots durs et soutient le regard. puis il me prend la main. danser. il veut danser. on va danser. la force de ses phalanges laissent sur la peau de mes mains des trainées rougies. et on tourne. contre le vent, contre le temps. et je ne ressens rien. rien de rien, parce que je ne suis que du rien, du vide à tuer. je ne ressens rien, comme quand papa laisse glisser ses mains le long de ma peau, le long de mon dos. comme lorsqu'il dépose des myriades de baisers sur ma nuque, sur mon cou. des baisers âcres, des baisers au goût de vodka, de clope et de sang. mais ce n'est pas le même rien. ce n'est pas cette impression d'être déjà morte depuis longtemps. ce n'est qu'un rien réconfortant, qui vide ma tête, qui envoie mes pensées vers le ciel, qui efface la sensation des mains râpeuses de papa sur ma taille trop marquée.
- c'est pas si grave que ça. de mentir. de m'appeler anna le temps d'un soir. et je ne m'en excuserai pas.
parce que c'est joli, anna.
 
je lui dis. je lui murmure.
quand la musique s'envolera, quand les derniers échos se perdront dans le ciel, rebondiront entre les constellations et puis les galaxies, anna, elle aussi, s'enfuira.
alors je ris. avant que le silence n'emplisse mes pensées, mon cœur et mes poumons. avant que le vide ne gagne. et je le sais, oui je le sais. oui, je le sais, qu'il gagnera. 
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Mer 11 Mai - 10:16

Pendant qu’on danse, je baisse mes yeux sur son visage. J’observe le relief de son nez et de ses joues. Mais surtout il y a quelque chose dans son regard, comme si elle avait tout vu, tout entendu. Qu’elle avait été là au mauvais endroit et au mauvais moment, par exemple. C’est vraiment l’impression qu’elle me donne, et qu’il faudrait beaucoup trop de feux d’artifice pour pouvoir prétendre à ramener des étincelles dans le fond de ses prunelles.
Une main dans la sienne, l’autre dans son dos.
Nous faisons des ronds lents dans l’herbe et notre danse ne va pas du tout avec la musique. Mais qui a dit qu’il y avait besoin de musique pour danser ? D’ailleurs, je n’écoute plus les notes disloquées et vomies par l’immeuble. Je n’entends que nos respirations profondes et le murmure de nos pas dans la végétation humide. Et je m’adapte alors à cette lenteur, cette langueur, décomposant chacun de me geste, de mon menton qui se tourne vers la clôture jusqu’à l’articulation de mon genou qui se délie dans nos mouvements.
La voix d’Anna s’élève alors dans la nuit – ce n’est qu’un murmure.
- C’est pas si grave que ça. De mentir. De m’appeler Anna le temps d’un soir. Et je m’en excuserai pas. Parce que c’est joli, Anna.
Elle ponctue ses paroles d’un rire étrange, déjà brisé avant même de s’éteindre.
Je m’arrête et je la lâche, mes bras retombent le long de mon corps.
- C’est peut-être joli comme prénom. Par contre, ce qui est beaucoup moins gentil, c’est de mentir, Anna.
Moi, je ne ris pas du tout.
Je n’aime pas le mensonge, ce ver immonde qui s’immisce en chacun de nous et qui corrompt. Il suffit d’un seul mensonge pour prendre le pli et ne passer la vie qu’à ça. Je me demande ce qu’il y a dans le ventre d’Anna, ce qui sommeille en elle, pour vouloir prétendre à être quelqu’un d’autre – même le temps d’un soir.
Je recule d’un pas pour mieux la regarder, pour la dévisager avec un feu étrange dans le regard. Le mien ne manque jamais d’étincelles. Et pourtant, j’en ai vu et entendu, des choses. Beaucoup d’entre elles étaient très laides. Il faudrait bien plus que l’océan tout entier pour éteindre mes flammes.
Elles se nourrissent d’un rien.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Jeu 19 Mai - 22:33

je sens son regard de mort-vivant brûler la peau pâle de ma nuque. puis il continue de tourner dans le vent. longtemps. jusqu'à ce que les hurlements du violon sanglotant se perdent dans l'air, rejoignent les oiseaux, tout là haut. loin des monstres et loin des mots.
il continue de faire voler mes cheveux blonds autour de ma mâchoire, pour toute la vie, pour un instant. et le feu qui brûle en lui grandit, ses yeux sont sombres comme la nuit. les étoiles ne sont plus là, plus là au dessus de nos crânes fatigués. les étoiles sont parties, fatiguées de voir les morts danser. puis brusquement, juste comme ça, il s'arrête. ses phalanges délivrent mes mains cramoisies, et puis je ris, une dernière fois. ses ongles viennent s'enfoncer dans ses cuisses, et il sert les dents très fort, jusqu'à ce que ses oreilles en sifflent. il ment et me crache sa vérité fausse, ses maux doux au creux de l'oreille, à demie-voix, seulement pour moi. il ment et parle du mensonge, alors qu'il en est un, tout simplement. sans âme et sans sentiments, le fantôme continue de mentir, de duper les vivants. il avance et il blesse, il arrache les pétales rougies, une à une, tout doucement. il arrache les pétales des fleurs, il arrache les cœurs des gens. et il les lâche, comme une corde qui se casse. et dans un dernier hurlement, comme la douce agonie de l'orage dont les sanglots infinis raisonnent dans les ciels trop sombres, les gens se blessent et les gens tombent. les gens creusent eux-mêmes leur tombe. poupées brisées, porcelaine pâle sur le bitume, voilà ce que le lion en fait, du commun des mortels. mais au lion, on ne lui ment pas, car les lions ne méritent pas ça.
je ris, oui je ris encore une fois, d'un rire faux, mais d'un rire là. qui brise le vent qui pourrait à tout moment nous emporter, lui et moi, nous emporter là où la lumière n'est plus, là où papa ne sera plus, là où papa me rejoindra. le vent pourrait nous emmener, loin des hautes herbes, des fleurs blanches, loin de cette lune qui pleure, qui pleure son âme terrassée. terrassée par la nuit qui l'a depuis trop longtemps enveloppée.
nous pourrions partir, nous enfuir, et au fond, qu'est-ce que ça changerait ? un mort-vivant peut bien partir, un mort-vivant peut bien mourir.
mais nous restons là. oui, il reste là, près de moi, juste là. l'air qu'il expire plie mes poumons en quatre, tout ce poison, ce doux poison qui me consume. ses mots raisonnent dans mes pensées, mais le silence a remplacé tout le reste autour, plus qu'un oiseau insolant qui chante, tout là haut, derrière le ciel trop grand, derrière les mots trop gros et derrière les maux trop puissants. mais les échos de sa voix grave raisonnent dans mon esprit, encore et encore, douce mélodie.
et je lui dis.
- toi aussi, tu mens, n'est-ce pas ?
chacune des vérités qui sort de ta bouche est un mensonge.
tu me diras que non, et tu mentiras.

mais le pire, dans tout cela, c'est que seules ses paroles sont des mensonges répétés, des mensonges abimés, tous froissés.
le pire, dans tout cela, c'est que ce mal qui brûle en lui, qui consume son cœur, ce mal-là est bien réel, ce mal-là revit à chaque seconde qui passe.
le monstre est vrai mais le monstre dit faux.
le diable est humain mais le diable est menteur, le diable te susurre à l'oreille ses mots doux, le diable t'ensorcelle pour mieux te faire tomber, pour mieux te faire brûler.
 
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Sam 21 Mai - 12:32

Nos souffles laissent dans l’air des brumes blanchâtres qui ont l’air d’être nos propres démons évadés dans la voûte noire et silencieuse.
- Toi aussi, tu mens, n’est-ce pas ? Chacune des vérités qui sort de ta bouche est un mensonge. Tu me diras que non, et tu mentiras.
Je fronce alors les sourcils et l’incompréhension s’immisce doucement en moi. En effet, je ne comprends pas ce qu’elle est et ce qu’elle me veut. Je ne comprends pas pourquoi elle me provoque ainsi. Qu’est-ce qu’elle cherche ? Elle ne fait qu’alimenter le grand brasier qui brûle en moi, qui brûle, brûle. Ses flammes sont dévorantes, je le connais par cœur, cet incendie. Il a déjà ravagé des corps et des cœurs car il ne connaît que la morsure du feu, douloureuse et qui marque la peau à jamais.
- Je te trouve bien sûre de toi, Anna.
Je murmure alors.
- Mais oui, je mens et c’est bien caractéristique de l’humain, non ?
Puis le métier forge le mensonge.
C’est vrai, dans le milieu où je baigne depuis toujours, tout n’est que mensonge et manipulation pour arriver à ses fins. Les combines, je commence à les connaître par cœur. Je sais comment il faut faire, c’est toujours pareil. Il faut dire les mots qu’ils veulent entendre, il faut promettre, promettre, accepter les négociations, avoir l’air sûr de soi mais pas trop. Et quand l’autre a confiance et qu’il est amadoué, on frappe dans le dos. Des coups forts et puissants, qui ne durent pas mais qui achèvent vite – ils n’ont jamais le temps de crier longtemps.
- Qu’est-ce que tu me veux, Anna ?
Je demande finalement.
Ma voix traîne encore sur la double consonne, appuyant le mensonge, mettant mon doigt très fort dessus – comme on prend plaisir à appuyer sur une ecchymose.

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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Sam 21 Mai - 13:27

je plante mon regard désormais de glace dans le sien. la glace de ses mots, de son cœur, de son âme, la glace de ses deux yeux qui se reflète dans les miens.
la flamme ardente ne fait jamais brûler ce froid dans les prunelles, la flamme ardente n'atteint pas le cœur, et la pierre forgée demeure là, bien encrée dans sa cage thoracique. le cœur qui palpite, qui soupire des murmures amères, qui lui susurre tout ce malheur au creux de l'oreille, tout le désespoir n'ayant pas encore été semé, qui lui pointe du doigt toutes les larmes n'ayant pas encore coulé. le cœur qui met le feu à la pluie, qui conduit les démons au paradis, qui enferme les anges en enfer. l'enfer aux murs d'un rouge cramoisi, le rouge des cœurs, le rouge des cris. les âmes sont peintes de noir et les sourires de blanc. les yeux sont peints de rouge et le cœur n'est peint de rien, car le cœur n'est plus que du rien, plus qu'un trou béant sans fin.
les anges emprisonnés frappent les vitres, derrière ses prunelles sombres. ces anges-là plantent les ongles dans leurs cous, ces anges-là s'écroulent là, derrière ce regard trop noir. ces anges-là se noient dans le désespoir, et ces anges-là sont peints de nuit, sont peints de noir.
ces anges-là sont des anges abusés, ces anges-là sont des anges déchus, et leurs cœurs ne sont plus.
gino, tu as tué les anges, tu as brisé les cœurs. gino, tu as sali les âmes, tu as rougi les fleurs.
gino, range tes canines, je ne suis ni ange ni démon, je ne suis que pion de la nuit, je ne suis que pion de la vie.
gino, ne salie pas tes mains de sang qui n'est pas tien, car mon cœur n'est pas rouge, mon cœur est aussi noir que l'est ton désespoir.
gino, en tuant, tu t'es tué.
- je devrais avoir peur de toi, gino ?
je lui dis. un demi-sourire danse sur ma peau pâle. je n'ai pas peur. je pourrais mourir, je n'aurais pas peur. je pourrais souffrir, mais je n'ai pas peur. la nuit, les gazelles ne craignent pas les lions. la nuit, les lions sont endormis.
- gino, si ce n'est pas joli, que de mentir, pourquoi te rabaisser à ça ?
je demande, en faisait valser ma main dans mes cheveux dorés. je plis les yeux et perçois de la perplexité dans son regard.
les lions ne se rabaissent pas à ça.
gino n'est pas un lion, gino est un menteur.
un menteur enflammé, incendie endiablé.
- je ne veux rien. et toi, qu'est-ce que tu veux ? comment veux tu qu'on se souvienne de toi, quand tu seras aussi vide que tes yeux le sont ?  
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Sam 21 Mai - 15:51

Il y a quelque chose de très étonnant chez ce petit bout de femme.
Petit bout de femme qui à première vue apparaissait fragile, recroquevillée, presque enfantine est en fait tout autre. C’est finalement une poupée brisée, en mille morceaux, qu’on ne cesse de marcher dessus – pour le plaisir d’entendre la porcelaine craquer sous les chaussures.
- Je devrais avoir peur de toi, Gino ?
Elle demande – un sourire vient orner son visage.
Je hausse les épaules.
Il y a une espèce de mythe autour de moi. Je l’ai créé, c’est vrai. Mais les voix des autres l’alimentent sans cesse et rappellent à quel point je suis dangereux et prédateur à la fois. Ça m’amuse, il y a beaucoup d’avantages à être craint des autres.
- Peut-être que tu devrais.
Si tu continues comme ça, Anna, à envoyer des petites piques, à lancer des mots venimeux, peut-être que tu devrais avoir peur. Car je pourrais, en quelques minutes, poser mes mains sur ton cou et serrer très fort, jusqu’à ce que tu bleuisses et que tes yeux pleurent si fort et que ta bouche muette me supplie d’arrêter.
Je l’ai déjà fait.
- Gino, si ce n’est pas joli, que de mentir, pourquoi te rabaisser à ça ?
- Parce que tout ce que je fais n’est que laideur.
Mentir, blesser, achever, dégrader, souiller … ce n’est pas beau. C’est offusquant, immonde pour certains. Mais c’est ma nature, j’ai été élevé comme ça, à la force des poings et de la discipline, pour rester dans le droit chemin qui n’est pas forcément le plus juste.
Mais je ne m’en plains pas - et je n'ai pas de tristesse dans la voix. C'est simplement la vérité.
Je ne suis pas un artiste et je ne cherche pas à faire du beau.
Je baigne dans le trafic d’armes avec ma famille et la seule chose qui m’importe c’est le pouvoir, quel que soit le moyen.
- Je ne veux rien. Et toi, qu’est-ce que tu veux ? Comment veux-tu qu’on se souvienne de toi, quand tu seras aussi vide que tes yeux le sont ?
Je baisse un peu les yeux.
Alors c’est ça qu’il y a dans le fond de mes prunelles ? Du vide ?
J’imaginais qu’il y avait au moins des flammes. Quelque chose pour faire brûler mes prunelles.
- Tu poses toujours autant de questions ?
Je demande finalement.
Pour esquiver la discussion et parce que je ne sais pas. Je n’aspire pas particulièrement à ce que l’on se souvienne de moi – ou peut-être que si. Je veux juste vivre avec le confort de roi, et ma reine à mes côtés et mes sbires qui travailleront pour moi, car j’aurai assez vu et assez cogné et que ma retraite sera déjà largement méritée.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Mer 25 Mai - 11:37

- ce n'est pas le cas. je n'ai pas peur de toi.
une autre fois, peut-être t'aurais-je craint. mais pas là. quel dommage - pas vrai ?
je dis, à demie-voix. moi, je ne souris plus. c'est dommage, tout ce mal, toutes ces flammes, qui ne sont immiscées dans les plis fins de son visage. ce vide sombre, infini, qui a pris la place des étoiles qui volent dans les prunelles d'un enfant.
tout ce qu'il fait n'est que laideur. il le dit, il le murmure. sans mélancolie, sans déception. mais moi, je ne le crois pas. quand il parle, par exemple, c'est joli. c'est comme une mélodie grave, un air de violoncelle, tout bas tout bas, qui raisonne à l'arrière de nos crânes. c'est un soupir, c'est un grincement. ce sont des paroles que les lèvres forment presque à contre-cœur. c'est un hurlement de la nuit, c'est un hurlement de la vie. et puis de la mort, aussi. mais ce n'est pas son hurlement à lui. c'est le hurlement de tous les sentiments que ses lourdes mains ont piégés, les sentiments enfermés dans un coin de son âme, plongés dans le noir, qui hurlent à la mort, crient de désespoir.
je vois soudain quelque chose, dans ses prunelles, quelque chose que je n'avais pas vu auparavant. de l'agacement. pas l'agacement de mes paroles, celui-ci est bien trop visible. l'agacement de ne pas savoir.
que serai-je, lorsque j'aurai brisé tous les cœurs, noircies toutes les âmes ? lorsque les crânes endommagés par mes phalanges seront trop fatigués pour se souvenir de mes yeux, de mes mains, de ma peau trop fade, de mes mots et des maux que j'ai moi même crées, des plaies que j'ai ouvertes et que j'ai fait saigner, un petit peu plus jour après jour ?
tu ne sais pas, gino, tu ne sais pas ce que tu s'ras. tu seras monstre, à tes yeux, mais que seras-tu aux yeux des autres ? un vide sans fin, un homme au dos courbé et aux épaules lourdes, qui passe lentement, là, au coin de la rue.
tu ne seras rien, gino. demain, quand le mal aura été semé, quand les corps auront été cassés, tu ne seras plus rien. comme la fine neige qui fond, un matin de printemps. comme le chant d'un oiseau qui disparait au travers des nuages, au travers des étoiles. tu ne seras qu'écho. pas même un souvenir. rien qu'un écho. un écho froissé et tremblotant, comme la douce brise, comme un coup de vent.
- non. les questions, j'aime pas trop ça.
mais tu m'intrigues, gino. je ne te comprends pas.
je lui dis, fermant les yeux quelques instants. mes prunelles ont mal de toute cette noirceur, qui s'étend de son cœur à ses yeux. je les ouvre de nouveau, souris un petit peu.
- j'ai le droit de poser encore une question ? en plus de celle-ci, évidemment.
je demande, plantant mon regard dans le sien. et puis je ris, avant de poursuivre, sans qu'il n'ait rien dit.
- comment tu étais, quand tu étais petit, gino ?
je me risque sur ce chemin là. un peu boueux, parsemé de pierres, des restes du feu. cendres presque effacées, poussières envolées, souvenirs oubliés. mais cela me torture l'esprit. comment étais le monstre, lorsqu'il était petit ? avait-il des rêves jolis ?
il pourrait bien m'achever, poser ses mains sur mon cou et serrer ses phalanges très fort contre ma peau, jusqu'à ce que je m'écroule au sol, pour avoir prononcé ces mots. mais j'aimerais savoir, si les yeux du monstre étaient beaux.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Sam 28 Mai - 20:23

Elle m’affirme alors avec toute la force de sa petite voix qu’elle n’a pas peur de moi. J’esquisse un demi-sourire. Sa volonté de croire à ce qu’elle raconte, cette envie dans son petit corps, c’est tout à fait admirable. J’ai l’impression que c’est le genre d’héroïne qui irait à la guerre ou bien à la mort, qui affronterait une armée tout entière pour une causer perdue. C’est une battante, c’est certain. Une battante vaine, probablement. Mais il est clair qu’elle a au moins ça pour elle et je crois que ça n’est pas négligeable.
- Non. Les questions, j’aime pas trop ça. Mais tu m’intrigues, Gino. Je ne te comprends pas.
Ses paupières se ferment lentement ; laissant alors la place à un sourire.
Moi, je laisse échapper un petit rire. Ma bouche reste muette. Qu’est-ce que tu es, Giorgio Salvatici ? La réponse différera selon la personne. Certains diront que je suis un garçon qui fait du bon boulot, d’autres m’appelleront monstres, certaines soupireront que je suis un amant exquis, d’autres encore hurleraient que je ne suis qu’une raclure qui mérite d’être piétinée et jetée au fond d’une fosse commune. Je suis peut-être un mélange de tout cela, c’est vrai. De toute façon, l’opinion des autres forge l’avis que nous avons sur nous-mêmes. Alors mon avis est mitigé, il fluctue avec le vent et les marées. Et si certains jours je me sens être le roi du monde, d’autres jours – plus sombres, je souhaiterai devenir une présence fantomatique et peut-être bien hanter mes ennemis pour assouvir mes pulsions haineuses.
- J’ai le droit de poser encore une question ? En plus de celle-ci, évidemment.
Elle ne me laisse pas le temps de répondre. Son rire éclate de nouveau entre nous. Je le trouve lumineux, il dénote un peu avec son regard, avec la pâleur de son épiderme, avec ses airs de poupée brisée, jetée sur l’asphalte.
- Comment tu étais, quand tu étais petit, Gino ?
Je fronce alors les sourcils.
Les souvenirs sont brumeux. À vrai dire, ils sont difficiles à remuer car tellement lointain. Je me rends compte que l’enfant que j’ai été est tout simplement mort ou plongé dans un long coma. Qu’il a perdu sa candeur, ses joies vivaces et futiles et qu’il ne lui reste plus qu’un corps plus grand, plus mûr, certes mais surtout plus éteint. Ou bien allumé par certaines flammes qui n’ont rien à voir avec l’urgence de vivre associée à l’enfance. Je me racle un peu la gorge.
- Je ne saurais pas te dire. J’ai eu une mère très aimante, un père sévère, ce qu’il faut pour contenir les débordements d’un enfant. Je crois que je n’étais pas malheureux. Par contre, je suis persuadé que c’est cette ville qui a fait de moi ce que je suis.
Je regarde mes paumes.
Si d’apparence elles sont propres, il suffit d’imaginer, de plisser un peu l’œil pour deviner tout le sang qu’elles ont touché. Le mien mais surtout celui des autres. Mes doigts tremblent un peu.
- J’ai eu des rêves, celui d’être acteur.
Scander de belles tirades sur les planches, à la lumière des projecteurs.
En voilà un beau rêve.
- Et toi alors, qui est Anna ?
Je demande.
Pour une fois, je me sens piqué d’intérêt. Elle est comme mes souvenirs : brumeuse.

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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Sam 28 Mai - 21:43

gino aussi, rit. d'un rire qui sonne faux, qui blesse, comme un douloureux poison qui s'immiscerait dans vos veines, dans vos cœurs. comme un long poison qui coulerait dans votre corps, puis qui s'évanouirait, après un long corps-à-corps avec ce sang tiède et cramoisi.
son rire à lui s'évanouit ainsi, dans la nuit. son rire à lui sonne comme les cris, goûte comme les larmes. son rire à lui est salé, comme un océan en été. son rire à lui est trop chaud, trop sec, comme les flammes ardentes qui valsent dans sa cage thoracique serrée.
mais par dessus tout, son rire à lui est silencieux, comme les hurlements que jamais il n'a laissé échapper. c'est comme des sanglots qu'on étouffe contre l'oreiller pâle, c'est comme des larmes bloquées quelques part, derrière les lignes de nos visages fatigués.
il rit et sourit comme si lui, comme si sa personne, était une dérision, était une illusion. comme s'il ne prenait au sérieux que le mal qui brûle en lui. la nuit a tout remplacé, la nuit est née et ne mourra jamais, dans ses sombres pensées, dans ses prunelles cajous. la nuit a tout pris, a tout emporté, la nuit l'a fait revivre mais la nuit l'a tué.
il me raconte sa mère, et son père trop sévère. mais toujours rien ses yeux vitreux. rien que du rien, qui rebondit entre son crâne et ses pupilles, éternellement. comme si son passé ne comptait pas, comme si leurs voix avaient tout remplacé, tout. tous ces souvenirs poussiéreux, tous ces rires d'enfant, d'enfant d'avant, un enfant perdu dans le temps. le temps qui prend tout, le temps qui vous dévore le cœur.
voilà bien longtemps que les souvenirs sont devenus des histoires, les histoires d'un autre, d'un homme que tu connaissais bien, gino. les histoires d'un petit garçon qui a laissé la nuit l'envelopper de toute sa grandeur, qui a laissé les murs gris d'italie noircir son cœur fatigué de n'avoir personne à aimer. ce petit garçon, tu ne le connais plus. de ce petit garçon, il ne reste que des échos, qu'une carapace trop fade, un corps trop sec, des doigts trop abimés.
- mais tu es un acteur, gino.
acteur de ta propre vie. dit comme ça, c'est presque joli. mais ça ne l'est pas. c'est laid et faux. en voilà, un film hideux.
je lui dis. dans ma voix, la compassion est partie. il n'y a plus que de la glace, de la dureté. et un sourire faussé par une amertume qui grandit. le monstre me rend triste, mais le monstre est immonde. le monstre a les mains propres, mais tâchées de sang.  et le monstre me demande, avec une curiosité qui me piquerait presque, mais qui est anna ?
- anna n'est personne. et je ne suis pas grand monde, non plus.
je lui murmure. juste assez fort pour qu'il entende mes mots, mais tout de même assez doucement pour que mes maux restent muets. lui est un monstre, et moi personne. je ne suis personne. je suis une inconnue, le miroir ne me reconnaît plus. le malheur s'est immiscé dans chacun des traits de mon visage trop pâle. et des traces bleutées parsèment ma peau claire. moi je ne suis personne, gino. je suis celle qu'on oublie, celle qu'on baise comme on baiserait une pute. je suis celle qu'on frappe, je suis celle que l'on ne connaît pas. mais ça, gino, tu ne le sauras pas. la sensation de ses doigts râpeux sur mon dos courbé restera là, tout au creux de mon âme noircie par ses désirs malsains. gino, toi, tu ne sauras rien. tu ne sauras rien de celle que je ne suis pas. sauf peut-être, sauf peut-être ça.
- tu dois juste savoir, gino, que moi, en ne connaissant rien de toi, je te déteste. car je connais quelqu'un comme toi, quelqu'un qui a laissé l'orgueil et puis le mal prendre la place des amours d'avant, et que ce quelqu'un est un monstre, un monstre de tristesse. ça te flattera, gino, d'être un monstre. moi, ça ne me plairait pas. car gino, jamais tu ne seras aimé. on n'aime pas un monstre, un monstre comme lui, un monstre comme toi.
je lui souris, et il regarde sa paume. du bout de mon doigt, je la frôle. comme j'aimerais te détester, gino. quelle belle menteuse je fais.
- mais tu danses bien, gino. tu sers un peu fort, mais tu danses bien. comme une fleur.
je ris. fleur à épines. une rose noire, une rose nuit.
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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Lun 30 Mai - 20:20

Alors Anna me dit que je suis un acteur et que je joue dans un film hideux. L’amertume déforme mon visage. Qu’est-ce qu’elle essaie de faire, là ? Elle veut me faire culpabiliser sur l’être que je suis, me dégoûter de ma personne, tenter de raviver chez moi les tendres flammes de l’enfance, celles qui ne brûlent pas ? Mais tout est mort, à l’intérieur ! Il ne reste plus rien que des ruines fumantes. Il n’y a rien d’autre, seulement une carcasse vide qui fait résonner les pleurs et les cris un peu plus fort car tout se bouleverse en écho.
- Anna n’est personne. Et je ne suis pas grand monde, non plus.
- Mais pourquoi autant de réticence à donner ton prénom ? C’est dommage de mentir, tu aurais pu devenir quelqu’un d’important.
Le sarcasme se glisse tout doucement entre mes mots. Mais rien de bien méchant, seulement une petite pique lancée au ciel, anodine.
Je la regarde. Son œil est un océan sombre est glacé, on dirait presque les miens, la haine en moins à l’intérieur. Finalement, Anna a des points communs avec Giorgio. J’ai rarement vu autant de négativité chez une femme. Mais il faut croire que celles qui m’attirent sont lumineuses et à des lieues de ce que je suis, moi. Finalement, je ne suis rien d’autre qu’un papillon de nuit qui n’a de cesse de se cogner contre une ampoule blanche et aveuglante. Comme si je cherchais la lumière qu’il n’y avait pas en moi, presque inconsciemment, percutant des murs de verre, blessant mes antennes et mes ailes de papier sur les débris coupants.
Puis Anna ouvre la bouche, elle efface tous mes sourires et mes rires qui ont eu le courage de naître cette nuit. Ses mots effacent tout, ferment mon visage dans une expression figée et dramatique de statue antique.
- Tu dois juste savoir, Gino, que moi, en ne connaissant rien de toi, je te déteste. Car je connais quelqu'un comme toi, quelqu'un qui a laissé l'orgueil et puis le mal prendre la place des amours d'avant, et que ce quelqu'un est un monstre, un monstre de tristesse. Ça te flattera, Gino, d'être un monstre. Moi, ça ne me plairait pas. Car Gino, jamais tu ne seras aimé. On n'aime pas un monstre, un monstre comme lui, un monstre comme toi.
Elle touche ma paume ouverte.
Je retire ma main et ce qui était ouvert en offrande, au pardon au ciel, se referme en un poing colérique qui a perdu toute sa clémence. Un monstre, c’est ça que tu es, Gino. Mais Gino n’est pas surpris. Gino n’aime peut-être pas l’entendre. Gino n’aime pas qu’on gratte sa carapace du bout de l’ongle pour y découvrir tout noir putride, laid et puant dans lequel la bête se baigne et s’endort en baillant, la panse pleine et ouverte. La bête se délecte du mal, du sang, elle prend tout. Elle aspire ce qu’il y a de plus mauvais et se nourrit de ça. Il y a des jours où elle est énorme, où elle a tellement bouffé qu’elle éclate à l’intérieur de moi.
- Mais tu danses bien, Gino. Tu serres un peu fort, mais tu danses bien. Comme une fleur.
Mon rire éclate dans la nuit.
Il sonne tout cassé, comme si on avait cogné dedans, donné des coups de poings et des coups de pied pour le déformer.
Je fais alors un pas vers Anna. Un bras enserre sa taille et la colle contre moi, l’autre main attrape ses cheveux et les tire en arrière pour la forcer à me regarder. J’en ai rien à foutre de bien savoir danser, c’est rien que de la parade.
- Je peux te serrer encore plus fort.
Je murmure. Je sais faire, j’ai déjà fait. Je peux t’étouffer contre mes mains, t’entendre gémir, changer de couleur, te voir mourir. Je peux te briser, car ce n’est pas un gabarit comme le tien qui résistera à la force de mes bras.
- Et c’est qui, ce quelqu’un que tu connais ? Il a l’air de t’avoir fait beaucoup de mal, non ?
Ma voix est mielleuse et pourtant je raffermis ma poigne, tant dans ses cheveux qu’autour de sa taille. Il me semble que l’on est en train de fondre l’un dans l’autre au niveau du ventre. Mais une distance significative sépare nos deux visages, pour mieux laisser la bête à peine éveillée se repaître du visage de la douce Anna.

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MessageSujet: Re: WILDEST DREAM, WORST NIGHTMARE (GINO)   Mer 1 Juin - 20:57

je vois la rage se faufiler entre ses traits, la rage d'être défié, la rage d'être cerné. ses prunelles virent du noir au rouge, étincelles dans la nuit sombre. ses lèvres se retroussent et puis son nez se fronce.
qui est-elle ? cette fille qui ne prétend avoir peur de rien. des filles comme ça, il n'en existe pas.
je n'ai pas peur. je suis terrorisée. par par lui et ses phalanges resserrées. mais par ce qui viendra après. le présent ne compte plus, chaque main qui n'est pas la sienne ne compte plus. chaque insulte qui ne sort pas de sa bouche à lui fait l'effet d'une caresse sur ma peau pâle.
le poison mortel pourra bien m'achever, si ce n'est pas son souffle qui l'insuffle dans mes poumons suffocants.
les autre sont des flammes ardentes, lui est le diable en personne. lui, c'est lucifer, lui, c'est mon calvaire.
alors non, gino, tu ne me fais pas peur. gino, rien chez toi ne me fait peur, pas tes mots trop gros, pas tes maux trop grands, ni tes yeux trop vides, ni ton cœur trop froid. non gino, je ne te crains pas. la gazelle sait ce qui l'attend, et déjà, le lion humidifie ses lèvres. la gazelle sait ce qui l'attend et la gazelle ne courra pas. c'est comme ça, gino, c'est comme ça. tes membres sont trop frêles, gino, tes épaules trop rondes, tes yeux, pas assez froids. gino, tu peux bien leur faire peur, avec tes mots empoisonnés, avec tes mains ensanglantées, mais pas à moi.
- pourquoi devrais-tu connaitre mon prénom, gino ? es-tu quelqu'un d'important, toi ?
mais le sarcasme qui était né en lui est bien vite remplacé par une amertume glacée. par ses poings qui se resserrent contre ses cuisses et son souffle qui devient saccadé. par ses dents qui s'entrechoquent, sa mâchoire qui se sert. je souris à gino. ses mots restent muets, ses maux restent discrets. mais je peux l'entendre hurler toute son amertume, poison mortel dans ses veines.
puis gino rit. d'un rire tout cassé, tout brisé. gino rit comme un sanglot que l'on étouffe, et moi j'en pleurerais bien, car son rire à lui, il est triste, il est noir, il est glacial comme une nuit.
le lion s'approche, le pas tremblotant. la main trop forte, il la jette au creux de mes reins. et de l'autre, il tire mes cheveux, plante ses deux yeux dans mes prunelles rieuses. je peux sentir son souffle acide contre ma peau.
au creux de son oreille, je murmure,
- tu ne pourras pas blesser le corps, tu ne pourras pas salir la peau.
attaque-toi au cœur.
il peut entendre mon sourire, dans chacune de mes paroles.
- on ne t'a jamais dit que la curiosité est un vilain défaut ?   
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